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19
septembre 2002 Source :
Grandes Gueules Montréal : http://www.voir.ca/montreal/actualite/grandesgueules.asp?Id=22789 Il faut
se réjouir de cette tendance: les femmes n'ont-elles pas voulu que les
hommes s'expriment? Maintenant qu'ils le font, on ne va pas leur
reprocher! Mais ce
qui me désole, ce sont les blâmes qui pointent derrière certaines
revendications; par exemple, celui de la meilleure avocate des hommes,
Denise Bombardier, selon laquelle les femmes se réjouiraient de la
soi-disant infériorité des hommes, dont les échecs scolaires seraient
la faute... des femmes. "Dès la maternelle, les garçons sont
plongés dans un univers quasi exclusivement féminin et cela se
poursuit d'ailleurs au primaire. Les maîtresses, consciemment ou pas,
les souhaitent souvent sages comme des filles, attentifs comme des
filles, appliqués comme des filles. " (Le Devoir du 7 septembre)
Deux choses me hérissent: être sage, attentif et appliqué serait
l'apanage des filles??? Voilà un préjugé bien négatif à l'égard
des garçons. Et de plus, où sont les hommes dans les milieux
scolaires? Pourquoi ne veulent-ils pas s'impliquer (désolée pour ceux
qui le font déjà...)? Tout
cela est consternant. On ne fait que rejouer cette partie de ping-pong
qui n'en finit plus depuis 30 ans. C'est la faute des hommes, puis celle
des femmes, etc. Oui, les filles réussissent mieux qu'avant à l'école,
et les femmes prennent de plus en plus de place dans la société. Ne
faut-il pas s'en réjouir? Je ne pense pas que cela soit fait " aux
dépens " des hommes.
Les
femmes ont évolué, parce qu'elles défendent des valeurs d'égalité,
de droit au travail, et ont compris l'importance de l'éducation: elle
est fondamentale pour l'acquisition de leur autonomie et leur indépendance
financière.
Mais
les hommes, que disent-ils à leurs garçons? Leur transmettent-ils que
l'éducation est INCONTOURNABLE? Leurs donnent-ils envie d'étudier, de
réussir, pas pour écraser les autres mais pour s'épanouir et se réaliser?
Quand on voit des slogans comme "On descend tous d'une gang de
colons" pour annoncer une émission de télé sur la généalogie,
ou encore "Ma meilleure matière, c'est la récré" (!), je me
demande sincèrement si l'on propose autre chose que de l'humour stupide
et insignifiant aux jeunes hommes. Une bonne joke, une bonne bière, pis
du cash, voilà le programme qu'on leur réserve. J'exagère à peine.
Que les
hommes se posent la question: comment se définissent-ils aujourd'hui?
Quelles valeurs soutiennent-ils? Pendant des années, ils ont défendu
des principes humanistes comme le droit à l'éducation, à l'égalité
des chances, et si l'on recule encore, la lutte contre l'esclavage,
contre la peine de mort; bref, ils ont oeuvré à édifier une démocratie.
Ce sont des valeurs qui ont d'ailleurs fait le lit du féminisme. Sans
ces idées progressistes, les femmes n'auraient pu revendiquer leurs
droits: le droit de vote a d'abord été gagné par les hommes avant de
l'être par les femmes.
Les
seules choses que l'on défend actuellement (hommes et femmes), ce sont
des valeurs de consommation et d'hédonisme béat: le droit de faire de
l'argent, de posséder toujours plus, de se faire plaisir. Mais n'y
a-t-il pas d'autres principes qui fondent la condition humaine?
Pas étonnant
que certains hommes jalousent les femmes. Notre vie est passionnante car
il nous reste encore des conquêtes: ne leur en déplaise, nous ne
sommes pas encore présentes dans toutes les sphères de la société.
Encore
lundi dernier (La Presse du 16 septembre): un prof de philo du Cégep
Lionel-Groulx déplorait le peu d'écoute de notre société à l'égard
des problèmes scolaires des garçons - ce en quoi il a tort, on ne
parle que de cela. Ses "pistes de réflexion", dans lesquelles
il interroge la place de l'ordinateur en classe, la prégnance de la télé,
ne sont pas inintéressantes, au contraire. Malheureusement, il agit
comme tant d'autres et déplore la "valorisation des comportements
féminins". Étonnant: qu'il aille dans les milieux de travail
traditionnel (il y en a tout plein) et il verra que c'est plutôt le
contraire... Si les filles emplissent les écoles, elles ne sont pas
aussi nombreuses dans les conseils d'administration, dans les banques,
dans les partis politiques, dans les grandes entreprises.
Tant
mieux si les hommes sont en réflexion. Il était temps. |