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EuoPROFEM - The European Men Profeminist Network http://www.europrofem.org
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Chiennes de garde Depuis environ deux ans, à l'occasion de ma
participation à différents forums de discussion féministes, j'ai eu
l'occasion de lire des propos d'intervenants dont l'objectif ne se dévoilait
pas directement, mais dont certains arguments récurrents me paraissent
aujourd'hui, tels les éléments d'un puzzle qui prend forme, révéler
l'expression d'une idéologie prioritairement organisée vers la défense
des privilèges masculins, que certains qualifient de
"masculiniste". Ces bribes de discours, en apparence dissociées, témoignent
de l'émergence, en France, d'une idéologie appliquant une perspective
révisionniste au paradigme d'analyse qui fait pourtant l'unanimité
parmi les organismes internationaux, le discours officiel des États, et
le monde de la recherche. Il s'agit de la thèse féministe de la
domination masculine - qui prend acte de l'existence d'institutions, de
processus, de mécanismes aboutissant à des discriminations genrées
dont les femmes constituent les principales cibles [Delphy, 1970 [1]]. Selon certaines recherches [2],
le masculinisme s'incarnerait au sein d'un véritable lobby, mettant en
oeuvre une action construite et délibérée de reproduction du pouvoir
et de la domination masculines. Cet article tente d'illustrer ce processus, en le
confrontant à quelques extraits de messages relevés sur trois forums féministes [3] 1) L ?existence de « privilèges » féminins L'idéologie masculiniste tente de réviser, de recadrer
la perspective d'analyse en élaborant un contre-discours qui prête aux
hommes un statut de "victime" face aux femmes en général,
qui bénéficieraient de « privilèges ». Ces privilèges
concerneraient plusieurs domaines, dont les plus couramment cités sont : - le monde de l ?éducation : Dans le cas de la MELH [...] (une école "réservée"
aux filles, note de l'auteure), il y a un problème de discrimination
a la fois dans les mondes scolaire et militaire. Est en cause l'attitude
de la Défense Nationale : que penser d'un ministère qui prétend
défendre *toute* la nation, alors qu'il continue à diviser cette
nation en deux composantes distinctes, qui ne pourraient même pas étudier
ensemble ? (apokrif, 30/07/2002, CDG) Ce discours est particulièrement révélateur, dans la
mesure où ceux qui le tiennent n'évoquent jamais les discriminations,
pourtant bien plus conséquentes, dont sont encore victimes les femmes
sur ce terrain : en 1996, les femmes représentent seulement
"un élève ingénieur sur cinq et 13% des « ingénieurs et
cadres techniques » en activité." L'érosion des femmes au
fil des cursus d'excellence est un phénomène repéré de longue date :
« Majoritaires en classe de seconde « indifférenciée »
du lycée, elles ne sont plus que 35% en terminale C, 23% en classe préparatoire
et 10 à 15% dans les plus grandes écoles scientifiques (Polytechnique,
les Mines, Les Ponts...). Elles sont encore plus minoritaires (2 à 6%)
dans toutes les formations en mécanique et électricité qui
accueillent les gros bataillons de garçons » [4] Certaines filières demeurent d'ailleurs toujours fermées
aux femmes, comme en témoigne l ?exemple du "Tour de
France" des compagnons : "A ce stade, les filles n'ont
plus leur place. « Nos sociétés ne sont pas encore préparées
à la mixité », commente Joseph
Tapia". Les « privilèges » féminins évoqués par
les masculinistes se situeraient aussi dans le monde du travail : VENEZ LUTTER CONTRE LA FEMME KI NOUS OPRESSE CHAQUE
JOUR ET KI VIENS EN PLUS NOUS CULPABILISER....C LE MONDE A L'ENVERS ! ! !VENEZ
VOUS BATTRE POUR POUVOIR ETRE CAISSIER OU VENDEUR OU SPEAKER OU
HOTESSES,PK FAUDRAIT T IL ETRE UNE FEMME POUR FAIRE CES METIERS... [...]
PK LESW FEMMES NE FONT PAS MACONS OU MEME TRAVAILLEUR SUR LES
CHANTIER...PK LES TACHES MANUELLES ET DIFFICILES NOUS SONT ELLES POUR LA
MAJORITé RESERVéES,NON NON ET NON A L'HOMME ESCLAVE ET OBJET DE
TRAVAIL ! ! ! ! ! (artisi, 23/11/2000,
fr.soc.feminisme) Ce genre de propos constitue concrètement une négation
de la réalité à laquelle sont confrontées les femmes qui n'accèdent
à des postes de direction que de façon marginale : « Dans
les 5000 premières entreprises françaises, les femmes ne représentent
que 7% des cadres dirigeants. Dans la plupart des ministères, on dénombre
moins d'un tiers de femmes parmi les agents de catégorie A. [...] De façon
très générale, les femmes sont cantonnées dans des postes d'exécution,
tandis que l'essentiel des postes de décision revient aux hommes. » [5] Le système des quotas est également invoqué
par les masculinistes, comme expression ultime des privilèges féminins : Dès que je suis sorti de l'Université, tous les
postes auxquels j'aspirais m'ont été interdits : "ACCESS
DENIED ! YOU'RE
NOT A WOMAN !" "A compétences égales, nous
embaucherons une femme", ai-je pu lire maintes fois çà et là
alors que j'attendais pour une entrevue (ou un "entretien"
comme on dit en Europe francophone). (elc, 26/07/2002,
fr.soc.feminisme) Les propos de Marc Lépine, qui tue quatorze étudiantes
(et en blesse 13 autres) à l'école Polytechnique de Montréal, le 6 décembre
1989, relevaient déjà de cette problématique, quand il justifiait son
geste criminel par "les privilèges" dont jouissaient les
femmes en termes de quotas. L ?interprétation des « quotas » comme
système consacrant l ?injustice subie par les hommes concerne des
registres très divers : la "coalition nationale des hommes
libres" (National Coalition of Free Men), une association américaine,
souligne que "des (hommes) civils afghans ont subi les pires
violations des droits de l'homme", tandis que "Les féministes
exploitent cette situation pour imposer un système de quotas dans le
nouveau gouvernement afghan". [6] La réalité statistique est pourtant diamétralement
opposée à ces allégations : plusieurs analyses comparatives démontrent,
qu'à niveau de recrutement équivalent, les femmes progressent moins
que les hommes, et qu'elles paient le plus lourd tribut à la
flexibilisation du marché du travail : en France, « on
estime aujourd'hui à 38% le temps partiel subi, qui au total
concernerait plus d'un million de femmes. [...] Le taux de chômage féminin
est de 13,5% contre 9,8% pour les hommes. La trappe à pauvreté frappe
surtout les femmes isolées avec enfant, ou vivant avec un conjoint chômeur.
Plus d'un tiers des femmes à bas salaires (c'est à dire moins de 5000
francs) vivent dans de telles situations. » [5]
Quant à la place des femmes en politique, par exemple en France, même
le système des quotas ne paraît pas l ?avoir vraiment promue :
moins de 20% de femmes à l'Assemblée nationale, 6% au Sénat, moins de
7% dans les Conseils Généraux. 2) Le sexisme existe, mais est subi par les hommes
autant que par les femmes Les pratiques de manipulation des masculinistes sont
organisées de façon très stratégique. N ?étant pas en mesure d ?occulter
totalement la réalité statistique, au risque de perdre toute crédibilité,
le discours masculiniste convient sans difficulté de l'existence du
« sexisme » : il nie toutefois que les femmes en
constituent les principales victimes : Je trouve dommage ne pas s'intéresser aux inégalités
quelles que soient leurs sources, qu'elles touchent les femmes ou les
hommes. Je ne comprends pas l'intérêt de ne s'intéresser qu'à une
partie du problème, qui empêche d'avoir une vision d'ensemble des
solutions (adede, 30/07/2002, CDG) Je ne suis pas un « masculiniste » comme
tu dis. Je dénonce le féminisme par ce que c'est une idéologie qui
milite que pour la libération de la femme (d'où le nom). Donc, par
analogie, le masculinisme devrait être un mouvement qui ne défend que
la libération de l'homme (ce qui n'existe pas dans les faits), ce qui
ne peut me décrire puisque je suis pour la libération des DEUX sexes.
(Philip
Blay, 29/07/2002, fr.soc.feminisme) Vous n'avez pas aimé le terme "OPA",
j'aurais pu dire "monopole" pour qualifier cette prétention
que je lis sur ce forum à vouloir définir le sexisme comme étant une
discrimination exclusivement à l'encontre des femmes. C'est
manifestement cette prétention qui aveugle les intervenant-e-s et leur
permet, sous couvert de SOS-sexisme, de faire abondamment oeuvre de
sexisme. (Paul, 17/06/2002, Sos-Sexisme) 3) La dénégation des violences sexistes Alors qu ?au Canada, par exemple, 98% des
agressions sexuelles et 86% des crimes violents sont commis par des
hommes (Johnson, 1996), que les femmes représentent 98% des victimes de
violence conjugale sous forme d'agression sexuelle, d'enlèvement ou de
prise d'otage (Fitzgerald, 1999), et où 80% des victimes de harcèlement
criminel sont des femmes alors que 90% des personnes accusées sont des
hommes (Kong, 1996), les masculinistes n ?hésitent pas à avancer
que les hommes subissent autant, voire plus de violences que les femmes,
que les chiffres sont truqués. Certains proposent des données
statistiques construites de toutes pièces. Enfin, une tentative est
parfois même mise en ?uvre pour justifier et légitimer les
violences commises par les hommes sur les femmes. Les hommes subissent eux-aussi des violences : Ce n'est pas parce qu'on lutte, à juste titre,
contre la violence dont sont victimes les femmes, qu'il faut négliger
celle dont sont victimes les hommes ! (apokrif, 28/07/2002,
CDG) Je tiens à rappeler qu'il y a aussi des femmes
victimes des violences des femmes, des hommes victimes des violences des
femmes, des hommes victimes des violences des hommes...
[...] Ce
qui me semble critiquable, c'est l'attitude, malheureusement fréquente,
qui consiste à se focaliser sur un seul aspect de ces violences. (apokrif,
28/07/2002, CDG) Il n'y a pas que les femmes qui sont victimes du
viol. Il y aussi les hommes et ça, c'est encore plus tabou que tout (de
plus, personne ne défend un homme violé) (Luigi, 24/05/2002,
Sos-sexisme) Le refus d ?utiliser les statistiques
officielles Si les statistiques des violences contre les hommes
sont basses, c'est qu'elles n'existent pas (adede, 29/07/2002, CDG) Des associations n'hésitent pas à inventer leurs
propres chiffres et à mettre l'accent sur : « Les hommes
battus ? La face cachée de la violence domestique ? 835.000
hommes battus chaque année, gardent le silence depuis trop longtemps ». [7] Les femmes et les féministes, responsables de la
violence masculine A mon avis, l'explication féministe de la violence,
qui stigmatise l'homme dans la violence conjugale, est une hérésie
scientifique. Elle est aussi une hérésie du point de vue de la morale,
car elle ne condamne pas la violence, mais s'en nourrit, et se contente
de la recherche de boucs émissaires. (Paul, 06/06/2002,
Sos-Sexisme) Aussi, les féministes préfèrent voir la violence
conjugale (ou familiale) comme étant une domination de l'homme sur la
femme (nécessaire au maintient de leur dogme), plutôt que de voir que
c'est souvent par désespoir d'être exclu de la vie de ses enfants, et
d'être contraint par la loi à un rôle de pourvoyeur, qui pousse
certains hommes à tuer des membres de leur famille. Ici, la misandrie féminisme
tue donc [ ?.] Le féminisme tue aussi par suicide chez les hommes
(en détournant la société sur ce réel problème qu'est la misandrie
systémique et systématique dans nos sociétés), par une espérance de
vie plus courte chez les hommes qui ne fait l'objet d'aucun débat dans
nos société [...] (Philip Blay, 29/07/2002, fr.soc.feminisme) 4) L'enfant, un enjeu majeur En France ( Le Monde, 8 mars 2001), comme dans la
totalité des pays du monde, les femmes assument la majeure partie du
travail domestique et parental . Pourtant, dans le cas de divorces,
certaines associations de masculinistes tentent de promouvoir des théories
conformes à leurs objectifs : « Les enfants s ?en
sortent bien mieux quand ils vivent seuls avec leur père qu ?avec
leur mère. Les garçons comme les filles sont en meilleure santé, et
ont un meilleur équilibre psychologique,développent de meilleures
performances scolaires et sociales ». [8] En cas de divorce, en France, alors que les statistiques
révèlent que 66%
des pensions seraient versées irrégulièrement ou non payées, le
discours masculiniste s'attache à nier la réalité statistique : Parler de la "majorité de pères refusant ou
faisant obstruction au paiement de la pension alimentaire", ça me
paraît un tout petit peu surestimé (adede, 30/07/2002, CDG) Une tendance croissante consiste donc pour ces hommes à
utiliser l'enfant comme moyen d'identification à leur lutte contre les
femmes. Cette stratégie est ancienne. Dès 1987, un homme qui avait été
condamné à dix mois de prison pour avoir kidnappé ses enfants est néanmoins
élu premier président du Conseil canadien des droits de la famille, la
nouvelle fédération canadienne des groupes d'hommes divorcés :
"ses commettants l'ovationnent lorsqu'il se dit encore fier de son
geste" ( Source : Masculinisme et criminalité sexiste, op.
cit.) Ils vont même parfois plus loin : Martin Dufresne rappelle,
qu' "il y a 15 ans, l'Association des hommes séparés et divorcés
du Québec (AHSD) incitait les hommes à refuser de payer toute pension
alimentaire aux enfants s'ils étaient insatisfaits d'une ordonnance de
divorce." Enfin, certains masculinistes nient tout bonnement les
accusations de violence sexiste concernant les hommes : "plus
de 80% d'entre eux seraient innocents", alors que les études sur
le thème estiment les fausses allégations à environ 2-3%(Josée
Panet-Raymond, Journal de Montréal, 12 mars 1998). Une association a été
créée en 1992 (the False Memory Syndrome Foundation, Fondation du
Syndrôme des faux souvenirs), en vue d'aider les hommes accusés
d'inceste par leurs enfants à se protéger contre les poursuites
civiles. (Collectif masculin contre le sexisme 1994, cité par M. Dufresne,
op.cit ) La France n'a rien à envier aux États-Unis : à
l'association SOS-Papa, se tiendraient des réunions destinées aux pères
accusés d'attouchements sexuels sur leur(s) enfant(s). Dans "La
douleur des pères" [9], Bernard Fillaire,
écrivain spécialiste des sectes, et proche de l'association, écrit :
« C'est le seul lieu où un père sait, les premières semaines
suivant l'accusation, que sa parole ne sera pas remise en cause. Et même
si rien ne garantit qu ?il n ?y a pas un coupable dans l ?assemblée,
ce qui les réunit est la force avec laquelle ils affirment leur
innocence et leur droit de voir librement leur enfant » . En février 2002, une quinzaine de mères et un père
français sont venus se réfugier en Suisse Romande, pour échapper à
des décisions de justice qui étaient, à leurs yeux, susceptibles de
mettre la vie de leur enfant en danger. "S ?il ne s ?agissait
que de deux ou trois cas, on pourrait parler de faits divers, mais là,
nous sommes face à un phénomène de société", estime Georges
Glatz, député vaudois et délégué à la Commission de prévention
des mauvais traitements (CCMT). Le psychiatre Gérard Salem, président de cette
commission et chargé d'expertiser les dossiers affirme qu'une
"majorité d ?entre elles sont tout à fait crédibles. J ?ai
été stupéfait, en étudiant les dossiers, de constater que des
certificats médicaux en bonne et due forme puissent être balayés par
des juges tandis que certaines expertises bâclées se bornant à une ou
deux consultations ont été prises en considération. Il me semble que
l ?on conclut un peu vite dans certains tribunaux français." Selon Catherine Bonnet, pédopsychiatre, "Il y a un
puissant contre-courant en France, étayé par des auteurs comme Bernard
Fillaire, qui dénonce la douleur des pères et met en garde la société
contre des mères hystériques qui utilisent le soupçon d ?inceste
comme arme dans le divorce. Ce courant est très utile pour protéger
des notables et pour masquer l ?existence des réseaux pédophiles." [10] Le but de cet article était de poser quelques jalons
qui permettent de révéler l'étroite connivence existant entre des
discours en apparence objectifs, faisant appel à des arguments
pseudo-scientiques, et une action internationalement organisée,
disposant de moyens financiers importants, et qui s'inscrit directement
dans le système de la domination masculine. Ces actions relèveraient
d'un véritable lobby, qui noyauterait le réseau internet, et
s'attacherait à fournir un arsenal idéologique à des institutions
encore fortement patriarcales - l'État, les tribunaux, l'école, les médias,
la famille... Il nous faut lutter contre les mécanismes et
institutions, anciennes mais aussi actuelles, qui réalisent le travail
de reproduction de « l'éternel masculin ». Cette lutte contre le sexisme et la domination masculine
doit incontestablement être menée ensemble par des femmes et des
hommes - désireux de contrecarrer les effets d'un système patriarcal
qui les aliène. Mais encore faut-il que tous aient pour objectif de
lutter "contre les violences exercées contre les femmes", de
"briser le silence complice des hommes, de contribuer au changement
des modèles" [...].
[2] L'article de
Dufresne, Martin [1998], "Masculinisme
et criminalité sexiste", Nouvelles Questions féministes,
1998, vo. 19, N°2-3-4, comporte de nombreuses références. [3] Chiennes
de Garde (CDG), Sos-sexisme
, Fr.soc.feminisme
(Usenet). Les citations d'intervenants sont indiquées en Italique. [4] Marry,
Catherine [1997],"Filles
ingénieurs, mères scientifiques", Colloque Femmes et
Sciences. [5] Bernard,
Claire [1999], « Les
femmes dans la société française contemporaine » ,
Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes. [6] http://www.ncfm.orghome.htm/menshealthamerica [7] http://www.batteredmen.com [8] http://www.warrenfarrell.com [9] Fillaire
Bernard [1998], "La douleur des pères", Stock. [10] Source :
http//www.24heures.ch |
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