Les hommes violents par Daniel Welzer-Lang
Préface

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 Les HOMMES VIOLENTS

 

Préface

Cinq années se sont déroulées depuis la 1ère publication en France de ce livre. Cinq années où de séminaires en colloques, d'émissions de télévision en articles de presse, les violences faites aux femmes ont été déclinées par de multiples voix.

Premier constat : la perception de ces restes de barbarie domestique évolue vite. Le mythe par lequel nous nous les représentons aussi.

Aujourd'hui, il devient évident qu'il s'agit bien de violences "faites aux femmes" et que celles-ci offrent des spécificités particulières.

Deuxième constat : la violence faite aux femme est de plus en plus associée à la domination masculine. Le concept n'est plus tabou. Des grands sociologues y ont contribué, l'aspiration des jeunes, femmes et hommes, à vivre "autre chose" y est pour beaucoup, mais surtout les luttes féministes de la Fédération Solidarité Femmes ont fait éclater la gangue qui brouillait notre vision du phénomène. Les femmes témoignent aujourd'hui à visage découvert. Et pour s'en convaincre on peut lire leur livre Réponses à la violence conjugale qui paraît cette année chez l'Harmattan (1):

Nous pouvons nous féliciter de cette avancée collective.

Pourtant:

Le centre pour hommes violents de Lyon, comme ceux de Paris et Marseille créés au moment de la première édition de ce livre, n'ont toujours pas trouvé une oreille attentionnée auprès des pouvoirs publics, ou pour le dire autrement, ils vivotent par manque de subventions.

Les hommes violents n'existent toujours pas en France.

Ce troisième constat en appelle un autre : le pouvoir masculin (nous n'avons jamais eu si peu de ministres femmes) occulte les véritables causes de la violence faite aux femmes : la différence hiérarchisée des genres et la volonté collective et individuelle des hommes de dominer leurs proches, de leur imposer leur vision du monde.

Nous assistons à un décalage profond entre les aspirations des hommes et des femmes à vouloir transformer "l'héritage" d'oppression et de violence, à vivre des relations égalitaires et les moyens mis en  oeuvre par ceux et celles mandaté-e-s pour accompagner les évolutions de mode de vie.

Et ce n'est pas un problème économique. La violence faite aux femmes coûte cher en soins, en arrêts de travail, en dépannages d'urgence, en accompagnements, en suicides (notamment des conjoints lors des séparations). Ce n'est pas non plus par déficit de personnel compétent : femmes et hommes qui oeuvrent dans cette problématique ont fait leurs preuves depuis longtemps. Non, il s'agit ni plus ni moins que de l'impudence mâle, d'une volontée réactionnaire (au sens littéral du terme) à maintenir les privilèges masculins dont la violence est la condition sine qua non.

Ne pas parler des hommes violents, ne pas faciliter leur accueil, ne pas signifier explicitement que leur comportement est criminel, ne pas étudier le phénomène (la sociologie de la famille est curieusement silencieuse sur le sujet) correspond à une ultime tentative de baillonner les voix de celles et ceux qui manifestent une volonté de changement social profond.

Parions pourtant que cette question sera centrale dans les choix de société futurs. Quels sens peuvent prendre les termes de démocratie, de République, de Droits de l'Homme (ou droits de la personne) tant que des millions de femmes continuent à subir violences et domination masculine, tant que des millions d'hommes sont intimement persuadés que leur comportement est normal et légitime.

J'aimerais enfin, remercier les éditions Coté Femmes d'avoir proposé la réédition de ce livre. J'avoue ma fierté d'être édité par une maison d'édition féministe à côté des auteures qui comme Colette Guillaumin ou Nicole-Claude Mathieu ont permis que des hommes, comme moi, transforment leurs manières de regarder le monde, les femmes et les hommes.

Lyon, 2 Janvier 1996

(1) Marie Bin-heng, Franboise Cherbit, Edith Lombardi, Réponses à la violences conjugales, parcours pour une alternative, l'harmattan, 1996.

Du même auteur

_ 1988 : Le Viol au Masculin, Paris, l'Harmattan.

_ 1992 : Arrête, tu me fais mal_ , la violence domestique 60 questions, 59 réponses, Montréal, Paris, éd. Le Jour, V.L.B.

_ 1993 : Les hommes à la conquète de l'espace domestique, Montréal, Paris, Le Jour, V.L.B (avec J.P. Filiod).

_ 1994 : Prostitution, les uns, les unes et les autres, Paris, Anne Marie Métaillé (en coll avec Lilian Mathieu et Odette Barbosa).

Ouvrages dirigés

_ 1992 -Des Hommes et du Masculin (avec J.P. Filiod eds), Centre d'Etudes Féminines de l'Université de Provence, CREA, Presses Universitaires de Lyon, 245 p. (Bulletin d'informations et d'études féminines, n.s.)

_1994 : La peur de l'autre en soi, du sexisme à l'homophobie (ouvrage collectif coordonné avec Pierre Dutey et Michel DORAIS), Montréal, V.L.B.

_ 1996 : Les faits du logis : épistémologie et socio-analyse de la condition de l'opérateur (avec Laurette Wittner), Lyon, éditions Aléas (à paraître)

Ouvrages traduits :
  Los hombres violentos, éditions Indigo, Bogota (Colombie), 1996 (à paraître).

Daniel W-L est socio-anthropologue, enseignant-chercheur à l'Université Toulouse Le Mirail, membre du Groupe d'études sur la division Sociale et Sexuelle du Travail - GEDISST-CNRS (Paris), Co-fondateur du centre d'accueil pour hommes violents de Lyon créé en Novembre 1987 par l'association RIME (Recherches et Interventions masculines).
Il est auteur en France et au Québec de plusieurs livres sur les constructions sociales du genre masculin.

 


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