Quand un père viole sa propre fille
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Quand un père viole sa propre fille
14/06/99

Au cours d'une visite au Comité de lutte contre les violences faites aux femmes, une structure appuyée initiée par l'UNIFEM pour apporter une assistance aux femmes victimes de violences, nous nous sommes retrouvées confrontées à un cas d'inceste qui venait d'être porté devant le Centre d'écoute.

Cette fillette de 9 ans qui est arrivée avec sa mère a été victime d'attouchements de la part de son père puis a été violée par ce dernier.

La fillette est née d'un couple non marié et la mère a dû quitter le Sénégal pour aller travailler en Mauritanie. La fillette a donc été confiée à son père. Chaque fois que la mère vient en vacances à Dakar, elle reprend la fillette et la rend au père quand elle retourne en Mauritanie. Seulement cette fois, la petite refuse de retourner chez son père et devant sa mauvaise volonté manifeste, son grand-frère lui fait des remontrances et c'est à ce moment qu'elle se confie à lui en disant " papa couche avec moi ". mais lorsque le frère en fait part à la mère, elle refuse que la mère en parle à quelqu'un d'autre parce que son père est violent et qu'elle craint sa réaction s'il sait qu'elle a parlé.

La fillette nous a également relaté que son père l'a emmené de force pendant les vacances de Noël en Casamance ( chantage : si tu ne viens pas, je ne subviens plus à tes besoins, tu seras toute seule puisque ta mère n'est pas là) et il l'a violé à plusieurs reprises sur le bateau et pendant les vacances.

Cette petite présente de nombreux troubles gynécologiques, de vision et de comportement. Le Comité s'est tout de suite mobilisé pour obtenir un R.V auprès du Dr. Birame Seck de la structure Guné Yi de Fann, à qui il a été demandé en plus de la prise en charge médicale de bien vouloir convoquer officiellement le père pour parler de ce problème. On a également pu obtenir un R.V au Centre de Bop afin que ses troubles de vision soient guéris.

Elle ne peut plus suivre une scolarité normale car elle est très agressive avec son entourage et elle essaie de crever les yeux de ses camarades de classe. La mère est complètement perdue et tergiverse encore quant à une saisie éventuelle de la justice, par crainte de représailles ( le père de la fillette est un militaire).

Voici un des nombreux cas auxquels sont confrontés les membres du Comité de lutte tous les jours et certains cas ne peuvent pas être suivis par manque de moyens et de ressources humaines pour accueillir, orienter, conseiller ou soigner les victimes. C'est pourquoi l'UNIFEM a décidé d'apporter un appui pour le renforcement du Centre d'Ecoute afin de mieux le far connaître, d'assurer un meilleur accueil pour les victimes et leurs proches, de former et sensibiliser les personnes qui prennent en charge les victimes, et de donner au Centre les moyens de la prise en charge immédiate des victimes.

La protection légale des femmes face aux violences a fait l'objet, en Février 1998 à Dakar, d'un séminaire régional organisé par le RADI (Réseau Africain pour le Développement Intégré). Des professionnel(le)s du droit, parlementaires et représentant(e)s d'associations de défense des droits humains venus de neuf pays (Algérie, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Mali, Maroc, Tchad et Sénégal) ont confronté leurs expériences, recensé les carences et imperfections des textes de loi et formulé des recommandations pouvant déboucher sur un alignement des législations nationales sur les conventions internationales dont la CEDAW.

La simulation d'un tribunal où l'accusée n'était autre que la "violence à l'égard des femmes" a permis à de vrais magistrats et membres du barreau de recevoir les témoignages de victimes et l'avis d'experts sur différents types de violence. Les médias se sont largement fait l'écho de cette manifestation initiée et financée par l'UNIFEM. Une brochure sur l'état du droit dans les neuf pays concernés est actuellement disponible auprès du bureau de l'UNIFEM/Dakar qui en a assuré la publication

Comité de Lutte contre les violences faites aux Femmes
Centre d'écoute
s/c CIJ RADI
BP 12085 Dakar
Tél : 824.60.48

UNIFEM/Dakar
BP 154 Dakar
19, rue Parchappe
Tél : 823.52.07
 http://www.unifem.sn/

SENEGAL : 
Les femmes victimes de violences conjugales meurtrières

Par Amadou Sakho 

DAKAR, 14 déc (IPS) - La violence contre les femmes ''s'amplifie de jour en jour'' au Sénégal, souligne avec conviction Nafissatou Faye, coordonnatrice de l'ONG Réseau Siggil Jigeen, une organisation créée en 1998 et comprenant 17 associations féminines réparties à travers ce pays d'Afrique de l'ouest. 

Haute comme trois pommes, la jeune dame Faye sait bien de quoi elle parle. Il ne se passe pas un jour sans qu'elle ne soit saisie par des femmes victimes de la violence de leurs maris. Cette violence prend souvent des tournures dramatiques. 

Au cours des cinq derniers mois, le pays a enregistré deux meurtres de femmes victimes de la furie de leurs conjoints. Le premier cas a eu lieu en juillet dernier à Thiès, ville située à 70 km de Dakar, la capitale, avec la mort de la jeune dame Aby Sall, 19 ans, qui avait reçu de son mari 36 coups de ciseaux. 

Deux mois plus tard, à Mbacké, dans la région de Diourbel (centre du pays), c'était au tour de la dame Fatou Sow de rendre l'âme sous la machette de son époux qui la soupçonnait d'adultère. Ces deux meurtres viennent s'ajouter à celui de Dogui Niass morte en 1992 à Kaolack (au sud de Dakar), à la suite d'une bastonnade infligée par son mari. 

Une autre victime de la violence de son mari exprime son sentiment : ''Pour une femme, il ne peut pas y avoir pire que de vivre avec un mari violent. Souvent, je me sens comme condamnée en enfer. Je ne peux jamais prévoir la mauvaise humeur de mon mari'', se lamente Mariétou Sall, une femme habitant les Parcelles Assainies, une banlieue de Dakar.

Selon Ndèye Ndiaya Ndoye, vice-présidente du Comité national de lutte contre les violences faites aux femmes, ''On dirait que la société sénégalaise prend plaisir à violenter les femmes. Malgré les campagnes de sensibilisation, les violences conjugales s'accentuent et nous avons comme l'impression qu'il y a des hommes qui veulent saboter nos actions''.

Pour exprimer leur ras-le-bol contre les violences faites aux femmes, les organisations féminines avaient organisé en septembre dernier, à Dakar, une marche de protestation pour ''alerter l'opinion publique nationale et internationale sur l'urgence qu'il y a à amener les autorités et les décideurs à prendre toutes les mesures idoines pour éradiquer ce fléau''.

Le Comité national de lutte contre les violences faites aux femmes et le Réseau Siggil Jigeen, co-organisateurs de la manifestation, déplorent le fait que les violences dont les femmes sont victimes ''fassent souvent l'objet de peines indulgentes voire d'une impunité totale''.

Partis de la place de l'Obélisque, dans le centre-ville de Dakar, les manifestants se sont rendus devant les grilles du palais de la République où ils ont été reçus par le chef de l'Etat, Abdoulaye Wade. Celui-ci leur avait exprimé la volonté de l'Etat de lutter contre toute forme de violence contre les femmes. Il leur a promis que le gouvernement mettrait à un numéro de téléphone vert (gratuit) à la disposition des femmes et créerait un observatoire pour les droits des femmes.

Et l'année prochaine, le thème de la rentrée des Cours et tribunaux du Sénégal, prévue en janvier, sera consacré à la violence conjugale. Pour le moment, les organisations féminines vont se contenter d'un Haut commissariat des droits de l'Homme créé, il y a quelques mois, par décret présidentiel. Une structure insuffisante aux yeux de la coordonnatrice des mouvements féministes.

''Nous ne voulons pas que les droits de la femme soient logés dans une structure comme celle-là parce qu'ils risquent d'y être noyés. Nous tenons à la création d'un observatoire chargé uniquement des droits de la femme'', soutient Nafissatou Faye.

En attendant la concrétisation des promesses du président de la République, le Comité national de lutte contre les violences faites aux femmes a ouvert des centres d'écoute dans les villes de Dakar, Thiès, Kaolack et Saint-Louis où les femmes victimes de la violence conjugale peuvent bénéficier d'une assistance médicale, juridique et judiciaire. La coordonnatrice du Réseau Siggil Jigeen ne doute pas que les organisations féminines mènent un combat de longue haleine. 

''Malgré nos campagnes de sensibilisation et les mesures répressives, des violences contre les femmes subsistent parce qu'elles sont un phénomène légitimé par la société. Tout le monde croit que c'est un phénomène de société qui est naturel, normal. Nous sommes dans une société patriarcale qui fait que l'homme a souvent tendance à exprimer de manière violente sa domination sur la femme'', déplore Faye. 

''Si le phénomène persiste, c'est parce qu'il est ancré dans les mentalités aussi bien chez l'homme que chez la femme'', souligne le psychologue Mamadou Mbodj. Ce dernier pense que la lutte contre la violence faite aux femmes appelle une révolution des mentalités. ''Pour lutter contre cette violence, nous devons la traquer jusque dans les mentalités, jusque dans les représentations sociales qui la favorisent et la légitiment'', suggère-t-il. 

Depuis 1998, les organisations féminines font de la lutte contre les violences faites aux femmes leur cheval de bataille. Elles ont pu obtenir, en janvier 1999, le vote d'une loi qui criminalise la violence conjugale. Désormais, le code pénal sénégalais punit la violence conjugale par une peine de prison ferme qui varie de cinq à dix ans.

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