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La sensibilisation des sociétés marchandes du secteur tertiaire vis-à-vis de l'égalité des chances entre les femmes et les hommes |
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par DESOIL, Nathalie -Mme Goffinet, du Ministère de l'Emploi et du Travail, dont
l'interview se trouve en annexe du travail. --------------------------------------- P L A N Introduction générale Chapitre I: Historique Chapitre II: L'égalité des chances, inscrite dans un processus d'évolution? Chapitre III: La situation des femmes au niveau de l'emploi Chapitre IV: Vie professionnelle et vie familiale: inconciliables? Chapitre V: la sensibilisation vis-à-vis de l'égalité des chances Conclusion générale Annexes --------------------------------------- L'objet de ce travail sera d'étudier la sensibilisation des sociétés marchandes du secteur des services vis-à-vis de l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. Dès lors, il sera question dans cette étude de déterminer si les sociétés du secteur tertiaire sont sensibilisées à ce thème; si elles le sont, de préciser leurs motivations à intégrer ce concept d'égalité entre les femmes et les hommes; si elles ne le sont pas, de formuler les arguments qui pourraient les convaincre de le faire. J'ai toujours éprouvé un vif intérêt pour les groupes faisant l'objet de discriminations. Malheureusement, les femmes font encore aujourd'hui partie de ces groupes. En effet, au cours de mon stage réalisé en 1997-1998 au Ministère de l'Emploi et du Travail, j'ai réalisé que les inégalités entre les hommes et les femmes existaient toujours dans le monde des entreprises. En outre, j'ai choisi d'étudier les sociétés marchandes du secteur des services en partant de l'hypothèse que les femmes travaillent essentiellement dans ce secteur: dès lors, il me paraissait intéressant d'étudier le travail des femmes dans le secteur tertiaire plutôt que dans un autre.
Etudiante en communication, j'ai assimilé le fait suivant: pour vendre son "produit", il faut le connaître parfaitement et mettre en avant ses points forts. Cette idée me guidera tout au long de ce travail. D'une part, afin de maîtriser le thème de l'égalité des chances entre les hommes et les femmes dans le milieu professionnel, j'approfondirai la question tant au niveau économique qu'au niveau social. D'autre part, il serait vain de vouloir sensibiliser les entreprises vis-à-vis de ce thème sous prétexte que les discriminations sexuelles sont injustes. C'est pourquoi je m'efforcerai au cours de ce travail de démontrer que le travail des femmes représente une richesse économique, et l'égalité des chances un bénéfice pour les entreprises (préoccupées de réaliser des profits). Afin de maîtriser le sujet de ce travail, je commencerai par rappeler toutes les discriminations que les femmes ont subies depuis le XVIIIe siècle, période clef en ce qui concerne le travail des femmes: le XVIIIe siècle est en effet le siècle de la Révolution agricole et industrielle (Grande-Bretagne), du progrès et des droits de l'homme (Révolution française de 1789). Comme il semble aujourd'hui que le féminisme soit une cause dépassée, inutile, et défendue par quelques farfelues qui sont allées trop loin, il me semble intéressant de rappeler les discriminations qui ont accompagné les femmes dès leur entrée dans le monde du travail: ce rappel constituera le premier chapitre de cette étude. Une fois l'historique brièvement retracé, je tenterai de placer le travail des femmes dans un processus d'évolution économique et social. Pour le faire, je m'appuyerai sur la théorie générale des systèmes. Ceci constituera le second chapitre de mon travail, au cours duquel je soutiendrai la thèse suivante: l'émancipation des femmes est irréversible car elle accompagne le processus d'évolution économique. Le troisième chapitre de ce travail placera l'égalité des chances dans un contexte économique: il sera donc question de décrire la situation des femmes au niveau de l'emploi. En procédant à cette description, je montrerai que les inégalités entre les hommes et les femmes existent toujours. Toutefois, je soutiendrai au cours de ce chapitre la thèse selon laquelle les femmes continuent de progresser sur le marché du travail, qu'elles représentent un potentiel économique important et produisent de la richesse. Si l'on veut comprendre le concept d'égalité entre les femmes et les hommes, il n'est pas possible de le faire sans le placer dans un contexte social. Le quatrième chapitre sera dès lors consacré à la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale. Au cours de ce chapitre, j'aborderai donc la question des structures d'accueil des enfants, ainsi que les réactions des hommes vis-à-vis de l'émancipation féminine. En effet, il me semble qu'une participation des hommes aux tâches ménagères et éducatives, autant qu'une amélioration des services d'accueil des enfants, contribue à soutenir le travail des femmes et peut les aider à mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. Enfin, le cinquième chapitre sera consacré à la sensibilisation des sociétés marchandes du secteur tertiaire vis-à-vis de l'égalité des chances. Ce chapitre développera d'abord les concepts permettant d'intégrer l'égalité des chances dans la gestion des ressources humaines: le mainstreaming et l'idéologie de la différence. Il abordera ensuite la question relative à la sensibilisation vis-à-vis de l'égalité des chances: je partirai de l'hypothèse que les entreprises ne sont pas véritablement sensibilisées à ce thème. Toutefois, je développerai les arguments qui pourraient les inciter à considérer l'égalité comme un concept économique à part entière, et à l'intégrer dans leur gestion des ressources humaines.
Chapitre I Historique Les discriminations qu'ont connues les femmes depuis plusieurs siècles sont parfois encore mal connues, si bien que quelques un-es ne comprennent pas toujours les raisons qui ont poussé plusieurs femmes à revendiquer leurs droits à travers le féminisme. On blâme souvent les féministes, leur reprochant d'être allées trop loin, jamais les misogynes tels que Rousseau, Napoléon Ier, qui considéraient les femmes comme des êtres naturellement inférieurs, ou encore les religieux qui les assimilaient à des animaux (ou même au diable lui-même). Bref, ces hommes avanceront de multiples arguments afin d'assujettir les femmes. Cet historique retracera les étapes de la condition féminine, du XVIIIe siècle, jusqu'au milieu des années 70, marquées par des acquis économiques, politiques et sociaux. Le XVIIIe siècle "Il n'est pas étonnant qu'en tout pays l'homme se soit rendu maître de la femme, tout étant fondé sur la force. Il a d'ordinaire beaucoup de supériorité par celle du corps et même de l'esprit. On a vu des femmes très savantes comme il en fut des guerrières, il n'y en a jamais eu d'inventrices." VOLTAIRE, "Dictionnaire philosophique", 1764.
Avant la Révolution française, l'inégalité des droits passait pour normale. L'asservissement du serf par l'homme libre, de l'esclave noir par l'homme blanc, du tiers-état par l'aristocratie ne heurtait personne. L'origine de l'inégalité était davantage sociale que sexuelle: la liberté, l'indépendance, c'était à leur naissance et leur fortune que les femmes les devaient. Bien nées, fortunées, et dotées de quelques terres, elles pouvaient espèrer faire autre chose que de la broderie. Ces femmes, déléguant l'éducation de leur progéniture à des nourrices ou des paysannes, avaient le loisir de fréquenter les salons et cotoyer quelques "lumières". D'ailleurs, nombreux furent, au XVIIIe siècle, les salons tenus par des dames du grand monde: songeons à l'illustre salon de la marquise de Sévigné, à celui de la marquise de Deffand, ou encore à celui de Germaine de Staël, où se croisaient les plus beaux esprits de l'époque. Lorsqu'elles étaient ambitieuses, elles pouvaient élargir cette liberté "intellectuelle" jusqu'à jouer un rôle politique important: elles furent quelques unes, en effet (pensons par exemple à Madame de Maintenon, Madame de Pompadour), à avoir influencé les hauts personnages de l'Etat dont elles étaient l'épouse ou la maîtresse. Néanmoins, bien que nobles et fortunées, les jeunes femmes n'échappaient guère à la tyrannie des hommes, comme elles n'échappaient pas à l'éducation cloîtrée chez les religieuses. Henry Fielding, écrivain anglais connu pour décrire les moeurs de son époque, laissa transparaître cette tyrannie exercée par les hommes sur les femmes dans son roman "Histoire de Tom Jones": Sophie Western (l'un des personnages principaux) ne fuyait-elle pas la maison de son père afin d'échapper à un mariage de convenance auquel elle ne consentait pas? D'autres personnages (féminins mais masculins aussi) ne s'indignaient-ils pas au cours de l'histoire contre cette tyrannie masculine? La liberté sexuelle n'était pas, elle aussi, égale pour les deux sexes: ce qu'on tolérait chez certains "gentlemen" n'était guère apprécié chez une femme de bonne condition. Si l'on ne blâmait pas le goût immodéré de certains nobles anglais pour les femmes, l'on exigeait d'elles, par contre, qu'elles soient vierges au mariage.
Quant aux femmes pauvres, qu'elles fussent paysanne ou ouvrière, les conditions de vie étaient tout aussi rudes que celles des hommes. Là où le capitalisme et l'industrie se développaient difficilement (c'était le cas de la France largement rurale et protectionniste de l'Ancien Régime), la femme était valorisée dans son rôle de mère au foyer. De cette manière, Jean-Jacques Rousseau, s'appuyant sur l'état des techniques (peu avancé) et l'organisation sociale de son pays et de son époque, enfermait la femme dans la sphère privée, tout en lui attribuant une vocation civique. Dans "Emile, ou de l'Education" (1762), il élaborait la théorie de la sphère privée (réservée aux femmes), ainsi que la sphère publique (réservée aux hommes). Le monde étant dominé par la Nature (la France de Rousseau était rurale et non industrielle), il revenait à l'homme, plus fort et actif que la femme, de régner sur le monde, et donc sur la vie publique. La femme, faible et passive, était chargée de régner sur la vie privée. Dans son ouvrage, Rousseau lui confiait la tâche la plus noble selon lui: celle de faire passer l'homme de l'état d'enfant à celui de citoyen. La vertueuse citoyenne exerçait donc, selon les Lumières, sa vocation civique à travers sa vocation de mère. Il en était autrement en Angleterre, qui connaissait, en cette fin de siècle surtout, sa révolution industrielle et agricole. Frappée par le manque de main-d'oeuvre, elle soutenait l'avènement de divers mécanismes visant à remplacer l'intervention humaine. Ces innovations étaient non seulement appuyées par des capitalistes, mais aussi par l'Etat. Le nombre d'inventions fut alors très important: de 1760 à 1785, 776 brevets furent déposés et enregistrés en Grande-Bretagne, alors qu'il n'y en avait eu que 697 de 1617 à 1760! Grâce aux progrès techniques (alors encouragés par les récompenses votées pour les inventeurs par le Parlement britannique), le monde ne devint plus totalement dominé par la Nature. L'homme découvrit les mystères de cette Nature autrefois toute puissante (ce fut par exemple le siècle où Newton découvrit les lois de l'attraction universelle). Les progrès naissaient de la volonté de la maîtriser: grâce à la révolution agricole par exemple, les productions et les rendements agricoles augmentèrent, les disettes périodiques disparurent. Ce ne fut que vers 1760 - 1770 que le marché du travail commença à s'élargir. Néanmoins, malgré les mouvements migratoires à courte distance entre campagnes et villes, la main-d'oeuvre masculine restait insuffisante: l'appel renforcé au travail des femmes et des enfants parut souvent alors comme la seule réponse possible à cette carence persistante de la main-d'oeuvre masculine. Ce fut ce manque de main-d'oeuvre qui détermina l'entrée des femmes sur le marché du travail, plus que le coût peu élevé que représentait la main-d'oeuvre féminine. En conclusion, la main-d'oeuvre féminine comblait le manque de main-d'oeuvre masculine en Angleterre, alors que l'on recherchait, en France (qui disposait d'une masse de millions d'esclaves) à maintenir la femme dans la sphère privée. Ces scénarios sont à rapprocher de ceux que l'on a connu et que l'on connaît au XXe siècle: en cas de manque de main-d'oeuvre, le patronat attire les femmes au travail; en cas de crise économique, on valorise le rôle de la femme au foyer et le temps partiel. Bref, soit la femme est enfermée au foyer, soit elle travaille mais elle est mal payée: n'ont-elles pas connu, jusqu'à présent, que ces deux seules perspectives? Mais revenons au siècle des Lumières (qui n'a pourtant en rien éclairé les questions liées à l'émancipation de la femme). En 1789, les Français firent leur Révolution. 1789 fut aussi l'année de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Mais seul le sexe "fort" bénéficia des droits qui forment la citoyenneté dans les démocraties libérales modernes. Car seul l'homme pouvait exercer la citoyenneté et participer à l'administration de l'Etat. En effet, selon Rousseau, "la femme et l'homme sont faits l'un pour l'autre, mais leur mutuelle dépendance n'est pas égale. Nous subsisterions plutôt sans elles qu'elles sans nous... Elles dépendent de nos sentiments, du prix que nous mettons à leur mérite, du cas que nous faisons de leurs charmes et de leurs vertus... Ainsi, toute l'éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d'eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce: voilà les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu'on doit leur apprendre dès leur enfance." Néanmoins, d'autres philosophes, ainsi que les premières féministes, s'opposèrent à Rousseau. Condorcet fut l'un de ces défenseurs de la condition féminine: " (...) les droits des hommes, écrivit-il, résultent exclusivement de ce qu'ils sont des êtres sensibles, susceptibles d'acquérir des idées morales et de raisonner à partir de ces idées. Pourquoi des êtres exposés à des grossesses, et à des indispositions passagères, ne pourraient-ils pas exercer des droits dont on n'a jamais imaginé de priver les gens qui ont la goutte tous les hivers, et qui s'enrhument aisément?" Il écrivit également: "L'infériorité et la supériorité se partagent également entre les deux sexes... Les femmes ont montré des vertus de citoyen chaque fois que le hasard ou les troubles civils les ont amenées sur une scène dont l'orgueil et la tyrannie des hommes les ont écartées chez tous les peuples... Il est donc injuste d'alléguer, pour continuer de refuser aux femmes la jouissance de leurs droits naturels, des motifs qui n'ont une sorte de réalité que parce qu'elles ne jouissent pas de ces droits. Ce n'est pas la nature, c'est l'éducation, c'est l'existence sociale qui cause cette différence." Diderot s'indigna aussi du sort que les hommes réservaient aux femmes. Dans "Sur les femmes" (1772), il écrivit: "Dans presque toutes les contrées, la cruauté des lois civiles s'est réunie contre les femmes à la cruauté de la nature. Elles ont été traitées comme des enfants imbéciles. Nulle sorte de vexations que, chez les peuples policés, l'homme ne puisse exercer impunément contre la femme... Femmes, que je vous plains! Il n'y avait qu'un dédommagement à vos maux; et si j'avais été législateur, peut-être l'eussiez-vous obtenu. Affranchies de toute servitude, vous auriez été sacrées en quelque endroit que vous eussiez paru." Pierre Guyomar, député à la Convention, plaida également en faveur des femmes: "Je soutiens que la moitié des individus d'une société n'a pas le droit de priver l'autre moitié du droit imprescriptible d'émettre son voeu. Affranchissons-nous plutôt du préjugé du sexe... Tous les jours, j'entends dire: la France a 25 millions d'habitants; alors on comprend les femmes. S'agit-il de calculer le nombre des membres du souverain: sans façon on fait la soustraction de la moitié de la population."
Mary Wollstonecraft, femme de lettres anglaise, publia, en 1787, "De l'éducation des jeunes filles", un ouvrage anti-Emile par excellence plaidant pour une éducation similaire des deux sexes. En 1792, elle écrivit "Défense des droits des femmes", où elle s'indigna de la contradiction "rousseauiste". Ces arguments étaient les suivants: d'abord, l'erreur de raisonnement du philosophe résidait dans son refus d'admettre que les deux moitiés de l'humanité présentassent des qualités intellectuelles semblables. Ensuite, elle n'acceptait pas que l'on considérât les femmes dénuées de raison. Elle plaida également en faveur d'une éducation similaire qui les rendrait égales aux hommes et leur donnerait une conception semblable de la vertu. Une fois cette exigence réalisée, elles mériteraient alors l'égalité des droits. Comme Wollstonecraft, les Françaises s'étaient intéressées à la Révolution. Plus de six mille "sans-jupons" défilèrent entre Paris et Versailles durant le 5 et 6 octobre 1789: toutes ces femmes réclamaient alors du pain bon marché et voulaient ramener le roi à Paris. En abolissant le droit d'aînesse, la Révolution permit aux filles d'hériter comme leurs frères. En fondant le mariage sur le principe du contrat libre, les Girondins supprimèrent l'autorité parentale et instaurèrent le divorce. En 1791, Olympe de Gouges revendiqua l'émancipation de la femme dans la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne. Cependant, cette féministe imprudente, connue pour son combat contre Robespierre (dont l'attitude l'opposait aux Girondins), périt sur l'échafaud. Bien que républicaine, elle fut guillotinée pour avoir demandé la grâce de Louis XVI. "Nous avons le droit de monter à la tribune, avait-elle écrit avant de mourir, puisque nous avons celui de monter à l'échafaud." Dès lors, la Terreur Jacobine mit fin à une période pourtant favorable à l'émancipation des femmes. Et la voix des femmes fut muselée. Pour longtemps. Le XIXe siècle "Aux Antilles, on achète un nègre, en France, on épouse une femme." J. MICHELET, historien français (1798 -1874) Qu'il était donc heureux d'être femme au XIXe siècle! Nulle part, ni en France ni à l'étranger, elles ne possédaient la plénitude de leurs droits. D'abord, Napoléon Ier, Jacobin (et misogyne notoire), s'était empressé de confirmer cette incapacité générale de la femme au point de vue législatif. Mariée, la femme était, selon l'article 1124 du Code Civil français de 1804, une mineure à vie. Lorsqu'elle était riche, ses biens étaient gérés par son mari. Lorsqu'elle travaillait, son salaire appartenait à l'époux. Il allait de soi qu'elle ne pouvait ni obtenir un papier sans autorisation maritale, ni être témoin, ni signer un bail ou un engagement artistique. "Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari" stipulait l'article 213. Quant au code pénal, les articles 337 et 339 stipulaient que l'adultère de la femme pouvait être puni de 3 mois à 2 ans d'emprisonnement, alors que l'homme ne payait qu'une amende (encore aurait-il fallu qu'il eût introduit sa maîtresse au domicile conjugal!). Remarquons aussi que le divorce fut supprimé en 1816, et ne fut rétabli qu'en 1884. Bref, la femme n'existait que par rapport à l'homme, ne vivait de lui et par lui, faisait partie de ses biens au même titre que ses terres, ses ateliers ou ses chevaux. Tout concourrait vers 1830 à la subordination de la femme: le programme d'étude des jeunes filles comportait uniquement de la lecture, de l'écriture, de l'arithmétique, peu d'histoire et de géographie, et quelques notions d'économie domestique. Néanmoins, les petites filles pauvres travaillant dans les ateliers de dentelle étaient privées de toute instruction. Agées de 6 ans, les journées commençaient pour elles à 8 heures du matin et se terminaient à 6 heures du soir: les journées étaient alors ponctuées par les travaux manuels, un peu d'instruction religieuse, guère de lecture et d'écriture, et le chant des cantiques. Agées de 12 à 16 ans, les journées s'étalaient de 6 heures de matin à 8 heures du soir! La paysanne Travaux domestiques, travaux des champs: voilà à quoi se résumait la vie des paysannes au XIXe siècle. Seules la messe et les vêpres interrompaient le cours de cette kyrielle de travaux. A celle qui ne possédait pas de biens, il restait la ressource de s'engager comme journalière. Néanmoins, lors des récoltes, leur salaire était toujours inférieur de moitié à celui des hommes, engagés pour le même travail. D'autres femmes choisissaient de devenir domestiques de ferme. Des "marchés aux domestiques" se tenaient alors: ils permettaient aux riches paysans de choisir leur personnel. Outre un salaire médiocre, ces femmes devaient parfois accepter d'être engrossée sans exiger du père qu'il pourvût aux besoins de l'enfant. En effet, le Code Civil français abolissait la recherche de toute paternité. Les hommes, non content de disposer (presque gratuitement) de leur main-d'oeuvre, disposaient aussi de leur corps, ce qui n'était pas tout à fait le cas avant la Révolution: sous l'Ancien Régime, la fille engrossée pouvait avoir recours auprès des tribunaux. "Il arrivait même, lorsque plusieurs hommes avaient eu des rapports avec elle vers l'époque de la conception, qu'ils fussent condamnés à pourvoir solidairement à ses dépenses". Mais bientôt, vu le développement du machinisme agricole, les emplois de journalière et de servante devinrent rares. Une autre perspective se présentait alors: s'engager comme domestique dans une maison bourgeoise. Les artisanes à domicile Beaucoup de femmes exerçaient un artisannat. Leurs activités découlaient souvent directement de la vocation de leur région (agricole, maritime ou industrielle). Elles étaient alors occupées à fabriquer des paniers ou des filets de pêche, à tisser de la dentelle ou à confectionner des vêtements. Les conditions de ces femmes étaient pour elles aussi très rudes. Un rapport de 1840, issu d'une enquête sur la situation de l'industrie linière en Belgique, ordonnée par le Ministre de l'Intérieur de l'époque, mentionnait que "les tisserands et les fileuses en général n'ont plus assez pour se vêtir, ils payent difficilement leur loyer, (...)". Logées dans des conditions sordides, ces femmes travaillaient de 5 h 30 du matin jusqu'à dix heures du soir. Le travail, ainsi pratiqué à outrance, usait les yeux. Ces artisanats maintenaient la femme à la maison, précisément dans la cuisine, convertie pour la circonstance en atelier. Ne pouvant quitter ce champ clos, la femme était assurée de ne pas être accusée "d'esprit d'aventure ou de dévergondage". La machine qui provoquait des "excitations génitales" Certains hommes considérèrent d'un mauvais oeil l'introduction de la machine à coudre dans le foyer, machine qui facilitait pourtant le travail des femmes. En 1866, un mémoire de l'Académie de Médecine dénonça cette dangereuse machine "qui excite le délire hystérique" et occasionnait " une excitation génitale assez vive pour mettre (son utilisatrice) dans la nécessité de cesser momentanément tout travail... et d'avoir recours à des lotions d'eau froide". Mais ce rapport médical n'émut guère les donneurs de travail à domicile, qui exigeaient un rendement de plus en plus grand, et de plus en plus mal payé: les emplois à domicile devenaient en effet de plus en plus menacés par l'apparition des fabriques, qui produisaient plus vite et à des prix moindres. Pour résister à la concurrence, les "maîtres-marchand", qui louaient alors les métiers et fournissaient les matières premières, exigeaient toujours plus. Plus question dès lors de rire ou de chanter, de perdre son temps avec son enfant. Les artisanes devaient travailler 12 heures d'affilée pour que l'entreprise fût tant soit peu rentable. Souvent les ouvrières "ne voulaient pas avouer le surmenage dont elles étaient victimes, comme elles ne voulaient pas avouer leur salaire de famine. Jusqu'à minuit, elles cousaient sans perdre un instant, car elles gagnaient dix centimes par corsage..." Cependant, l'extension du machinisme finit par enlever à la femme les possibilités d'exécuter à domicile toutes les opérations qui avaient, jusqu'ici, été son domaine exclusif. Commença alors la régression progressive de l'artisanat et du travail à domicile, qui contribua largement à l'exode rural. L'ouvrière Abandonnant le travail à domicile devenu rare, les femmes se résolurent à prendre le chemin de l'usine, où l'attendait un salaire double. Néanmoins, ce salaire restait insuffisant et ne leur permettait pas de vivre. En France, l'industrie textile employait les 3/4 des effectifs féminins. Différents secteurs de travail se formèrent: celui du coton, celui de la soie, et celui de la laine. Le coton, premier textile à être concerné par la révolution industrielle, impliquait l'opération du battage, tâche habituellement réservée aux femmes "parce qu'elles résistent mieux aux poussières". Ces travaux portaient sérieusement atteinte à la santé des travailleuses: la poussière dégagée par le coton irritait les voies respiratoires, le travail de la soie entraînait des fièvres putrides, des vomissements de sang, des phtisies tuberculeuses (ceci après quelques mois de travail). En Angleterre aussi, l'industrie cotonnière employait beaucoup de femmes: une statistique de 1835 fait apparaître que 61 % des travailleurs de cette industrie étaient soit des femmes, soit des enfants de moins de 13 ans. L'exploitation des enfants au travail était telle qu'en 1830, Richard Oastler dénonçait avec indignation ce qu'il appelait "l'esclavage blanc", en désignant l'exemple du Yorkshire. Les enfants étaient également contraints au travail en France et en Belgique. Ne pouvant rémunérer une nourrice pour surveiller ses enfants, la femme les amenait avec elle à la filature. Les employeurs se mirent alors à tirer profit de ces "crèches sauvages" qui se formaient, en demandant aux enfants des ouvrières d'exécuter de "très petits services". Les employeurs prétendaient alors "occuper" les enfants. Il faudra attendre 1841 pour qu'une législation interdise, en France, le travail des enfants de moins de huit ans. Au fur et à mesure que l'on avance dans le siècle, les femmes s'implantèrent dans d'autres secteurs de l'industrie. Mais on leur proposa toujours des travaux adaptés à leur condition de femme, des tâches qui exigeaient beaucoup d'adresse, de patience, de dextérité. D'ailleurs, de l'avis de certains employeurs, la monotonie de leurs tâches satisfaisait parfaitement les ouvrières, puisqu'"elles aiment pouvoir penser à autre chose en travaillant, à ce qu'elles feront le soir pour dîner, à leurs tâches ménagères".
La position des syndicats Au XIXe siècle, les syndicats n'étaient pas toujours du côté des travailleuses: en 1866, les délégués belges et français déclarèrent, lors du 1er Congrès de l'Internationale des Travailleurs, à Genève, que "la place de la femme est dans sa famille", et repoussèrent, avec force, le principe de l'égalité des salaires. Celle-ci aurait conduit, selon eux, à "obliger le père de famille à faire la cuisine, tandis que la femme et les enfants travaillent". En effet, l'inégalité des salaires débouchait, à la fin du siècle, sur des disparités énormes: 6,85 francs par jour pour un homme, dans une fabrique de boutons, 2 francs pour une femme (1893), 1 200 francs par an pour une employée, 1 800 pour un employé accomplissant les mêmes tâches... Les syndicats n'étaient pas féministes pour une raison de concurrence entre les femmes et les hommes. Là où on pouvait embaucher des femmes pour presque rien, ils craignaient le renvoi des hommes, ou une diminution de leurs salaires. Les femmes condamnées au bas salaire Comme on a pu le voir, le statut du travail féminin de cette époque restait très inférieur à celui de l'homme. Comme ils expliquent aujourd'hui la situation économique mondiale, et comme ils parviennent encore à justifier les inégalités, les économistes libéraux expliquaient cette situation par de prétendues lois économiques. Jean-Baptiste Say, Adam Smith, puis Sidney Webb dégageaient en effet trois lois qui fondaient, selon eux, la faiblesse des salaires féminins. D'abord, les femmes gagnaient moins que les hommes parce qu'elles produisaient moins. Ensuite, la valeur marchande de ce qu'elles produisaient était elle aussi moindre, puisque la majorité des femmes travaillaient dans des secteurs dont le produit restait peu prisé, comme la couture ou le nettoyage. Enfin, les femmes gagnaient moins que les hommes vu que la société considérait leur travail comme accessoire et qu'elles n'étaient pas chefs de famille. Ainsi, il apparaissait naturel que le salaire masculin fût doublement rémunéré. Dès lors, deux modèles de travailleurs se profilaient à l'époque: la main-d'oeuvre masculine, caractérisée par la force, la qualification ou la compétence, et défendue par les syndicats, et la main-d'oeuvre féminine, connue pour son manque de qualification, dont l'activité était interrompue par le mariage et les grossesses, et peu syndiquée.
Le taux d'activité des femmes En France, la taux d'activité des femmes passait de 30 % au début du XIXe siècle (contre 58 % pour les hommes), à un maximum de 36 % vers 1914 (67 % pour les hommes). Au Royaume-Uni, ce taux passait de 23 % en 1841 à un maximum de 42 % dès 1871. En ce qui concernait la Belgique, les femmes représentaient, en 1846, 33,9 % de la population active; en 1866, 35,4 %; et en 1900, 26,6 %. Les femmes instruites Seules quelques aristocrates ou bourgeoises purent s'émanciper... et se rebeller. L'une d'entre elles, Isabelle Gatti de Gamond, fonda, au prix de grandes difficultés, la première école moyenne officielle pour les filles. Bien que sa fondatrice fût désignée comme une dévergondée par les bien-pensants, l'école située à la rue du Marais à Bruxelles ne cessa de prospérer. Ce fut vers 1880 que les universités de Bruxelles, de Gand et de Liège ouvrirent leurs portes aux filles. L'Université Catholique de Louvain attendit encore 40 ans. Mais même instruites, les femmes ne pouvaient pas encore accéder aux fonctions publiques: Marie Popelin, pourtant pourvue de tous ses diplômes, se vit refuser, en 1889, le droit de prêter serment, "vu la nature et la mission de la femme". En France, Jeanne Chauvin, licenciée en philosophie et futur docteur en droit, eut besoin de l'intervention de Viviani et de Pointcaré au Parlement afin d'ouvrir la carrière d'avocate aux femmes. Elle y parvint le 1er décembre 1900 seulement. Il était également impossible d'exercer la profession de médecin ou de pharmacienne. Ainsi, Isala Van Diest dut attendre un arrêté royal pour ouvrir son cabinet. Les femmes et les droits politiques La participation politique des femmes était pratiquement nulle, au XIXe siècle. Alors que les intellectuelles de la noblesse ou de la haute bourgeoisie et les femmes des classes laborieuses bénéficiaent, sous l'Ancien Régime, d'une grande liberté de droit et de fait, les femmes du XIXe siècle subissaient la subordination privée et l'incapacité civile, définie par le code misogyne de Napoléon (d'ailleurs comparable à d'autres pays). Victor Hugo, déjà féministe, s'insurgeait contre l'exclusion des femmes des droits civils et politiques: "(...) dans la civilisation actuelle, il y a une esclave, elle s'appelle une mineure; cette mineure selon la loi, cette esclave selon la réalité, c'est la femme. L'homme a changé inégalement les deux plateaux du code, dont l'équilibre importe à la conscience humaine; l'homme a fait verser tous les droits de son côté et tous les devoirs du côté de la femme. De là un trouble profond. De là la servitude de la femme. Dans notre législation telle qu'elle est, la femme ne possède pas, elle n'este pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n'est pas. Il y a des citoyens, il n'y a pas de citoyennes. C'est là un état violent; il faut qu'il cesse." Il rédigea d'admirables vers à la gloire de la gent féminine, mais il ne fut guère écouté en ce siècle qui opprimait à la fois les femmes et le les hommes. En 1880, Hubertine Auclert (française), tout aussi intrépide que les suffragettes, tenta de s'inscrire sur les listes électorales. Pour vaincre le barrage et tester la Justice, elle refusa de payer des impôts puisqu'elle ne votait pas. "Si Français ne signifie pas Française devant le droit, déclara-t-elle, Français ne peut signifier Française devant l'impôt." Mais sa tentative échoua: le Conseil d'Etat rejeta son interprétation. Mais comment expliquer le retard des femmes en matière de participation politique? D'abord, les premières féministes optèrent pour une politique d'attente et d'opportunisme. En effet, l'Anglaise Mary Wollstonecraft par exemple, comme Germaine de Staël puis George Sand, crut devoir conditionner l'exercice des droits civiques à celui des droits civils. "Les femmes doivent-elles participer à la vie politique?" se demandait-elle. "Oui, un jour, je le crois avec vous, mais ce jour est-il proche? Non, je ne le crois pas, et pour que la condition des femmes soit ainsi transformée, il faut que la société soit transformée radicalement... Que la femme intervienne politiquement dès aujourd'hui?... J'ose répondre qu'il ne faut pas, parce que les conditions sociales sont telles que les femmes ne pourraient pas remplir honorablement et loyalement un mandat politique. La femme étant sous la tutelle et dans la dépendance de l'homme dans le mariage, il est absolument impossible qu'elle présente des garanties d'indépendance politique..." Néanmoins, cette stratégie d'attentisme, bien qu'elle réussit aux Anglaises, fut fatale en France. Ensuite, les partis de l'époque craignaient que les femmes ne déstabilisassent le corps électoral et ne remissent en question ses acquis. En France, les radicaux et les républicains, les partis les plus influents à l'époque, soupçonnait le vote féminin, s'il entrait en vigueur, de favoriser la droite et les cléricaux. Ils savaient que la séparation de l'Eglise et de l'Etat n'aurait jamais eu lieu si les femmes avaient voté en 1905, et ils ne voulaient pas voir l'histoire faire un pas en arrière. Bref, les partis (de gauche surtout) estimaient que les femmes ne jouissaient pas encore de l'indépendance nécessaire en vue de voter librement. Remarquons que les pays anglo-saxons furent ceux qui émancipèrent les femmes les premiers. Dès les années 1860 - 1870, les Anglaises purent disposer de leurs gains et ouvrir un compte bancaire. Dès 1882, elles gérèrent leurs biens et acquirent la pleine capacité civile. Les Américaines avaient fait de même autour de 1870. Enfin, l'Etat du Wyoming, au Far-West, fut le premier état à accorder le droit de vote aux femmes: il le fit en 1869.
Le XXe siècle "Pour moi, la femme idéale, c'est la femme corrézienne, celle de l'ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s'assied jamais avec eux et ne parle pas." Jacques CHIRAC, 1978. Les métiers traditionnels féminins évoluèrent et se développèrent, comme celui de la couturière, de la blanchisseuse, ou de la demoiselle de magasin; d'autres disparurent, comme celui de la lingère. Des petites blanchisseuses familiales existaient, mais les grandes maisons spécialisées ne tardèrent pas à s'ouvrir. Bien que leurs tâches ne fussent pas toujours faciles, les blanchisseuses virent leur travail (méticuleux), facilité par les machines. Très attachées à l'esprit de corporation, elles purent défendre au mieux leurs intérêts. Leurs associations se multiplièrent. Ainsi rassemblées, elles furent les premières à obtenir une réduction de deux heures de leur temps de travail. Elles avaient aussi des salaires particulièrement élevés. Quant aux lingères, elles ne furent remplacées par la machine à laver qu'au milieu du XXe siècle. "Au bonheur des dames" d'Emile Zola attestait, dès le milieu du XIXe siècle, l'apparition des grands magasins. Ici aussi, le métier évolua. D'abord, les fortes pénalisations qui frappaient les demoiselles de magasin à la moindre erreur d'étiquetage ou de compte furent limitée en France par une loi de 1892: les amendes ne purent désormais dépasser le quart du salaire. Ensuite, les demoiselles de magasin conquirent légalement, dès 1905 en Belgique, le droit de s'asseoir et le congé dominical. Néanmoins, le salaire restait faible, et le mariage et la maternité continuait d'entraîner des renvois immédiats.
Bien que vendeuses et puéricultrices restassent des métiers qui faisaient appel à la "nature féminine" (faite traditionnellement de charme et de douceur), des métiers jusqu'ici réservés aux hommes commencèrent à être exercés par des femmes. Incitées par l'exemple de la duchesse de Bezès qui, en 1897, passa son permis de conduire, certaines femmes décidèrent de gagner leur vie en devenant "chauffeuses d'autotax". Il allait de soi que les gardes (masculins) s'empressaient de leur infliger une contravention lorsque l'une d'entre elles excédaient les 10 kilomètres heures réglementaire! Ce fut également au même moment qu'apparurent "les femmes-cochers". En outre, l'exemple de Jeanne Chauvin fut suivi: en 1906, on dénombra en France 37 avocates inscrites au Barreau. Le nombre d'institutrices s'accrut également: au nombre de 70 000 en 1896 en France, elles furent 90 000 à exercer en 1911. En 1906, Marie Curie devint professeur à la Sorbonne. Mais l'évolution des inscriptions des jeunes filles à l'université restait lente: en 1900, elles ne représentaient, en France toujours, que 2,4 % du total des étudiants, et 7 % seulement en 1913. En outre, les carrières intellectuelles restaient l'apanage des bourgeoises. Dès que les portes des bureaux leur furent ouvertes, beaucoup d'entre elles s'y engouffrèrent. L'employée, alors sans qualification spéciale, opéra une importante mutation de la femme hors du foyer. Bientôt, elles purent travailler dans l'administration des chemins de fer, des postes, dans les banques.
Les arrêtés-lois misogynes de la crise des années 30 Jusqu'en 1933, les femmes virent progresser leur lutte pour le droit au travail. Cependant, elles furent les premières victimes de la grande crise économique qui se produisit les années suivantes... En Belgique, leur ascension fut freinée par divers arrêtés-lois. Le 31 mai 1933, une réduction de 25 % des traitements des fonctionnaires épouses de fonctionnaires fut prévue. En 1934, un religieux, le Père Rutten, proposa une loi tendant à limiter le travail de la femme mariée dans les usines, les ateliers, sur les chantiers, dans les bureaux. En quelques lignes, voici les arguments que développait le religieux. Le travail ménager était, prétendait-il, plus adapté à l'organisme de la femme, à ses aptitudes, à ses inclinations naturelles et à sa noble mission d'éducatrice des enfants; la désorganisation de la famille, résultant du travail de la femme mariée, fondait les causes de la criminalité juvénile; trop de femmes mariées préféraient rester à l'usine pour pouvoir satisfaire des besoins exagérés de toilette, de déplacement ou de distraction; le bien-être d'un ménage ne dépendait, selon le Père, nullement de la somme d'argent dont elle disposait (sic!); la moralité des femmes mariées était loin d'être favorisée par le travail dans les ateliers et les bureaux, etc. L'arrêté royal du 8 décembre prévoyait, quant à lui, la limitation du pourcentage de la main-d'oeuvre féminine dans chaque branche d'industrie. Le Conseil des Ministres de l'époque prit même une décision visant à réserver aux hommes tous les emplois de l'Etat, y compris ceux de dactylographie, à l'exception du personnel chargé du nettoyage! Les parlementaires, d'autant plus misogynes que la Belgique comptait, en cette année 1935, plus de 300 000 chômeurs, n'en restèrent pas là: l'arrêté royal du 23 janvier 1935 diminua le traitement de base des institutrices. L'arrêté du 28 janvier réduisit le traitement initial des agents féminins de l'Etat, et annula leurs augmentations de traitement pour l'année suivante. Heureusement, ces arrêtés furent abrogés le 27 mai. Tous ces arrêtés poussèrent les femmes universitaires catholiques à se grouper en association.
Si seule une élite féminine exerçait la médecine ou le droit, les études relativement nouvelles d'assistante sociale attirèrent beaucoup de jeunes filles, ainsi que les facultés de pharmacie. En outre, de nombreuses écoles de puéricultrices spécialisées se créèrent. En 1936, les femmes belges purent toucher elles-mêmes le mandat des allocations familiales. La même année, la loi sur les congés payés leur octroyèrent une semaine de repos (néanmoins très relatif). Après la deuxième guerre mondiale, les femmes se libérèrent davantage: ce fut la période où elles furent plus nombreuses à exercer des métiers réservés jusque là aux hommes: magistrature, corps diplomatique, hautes fonctions publiques, professions libérales, journalisme, ... Ce fut aussi la période où les magazines féminins connurent un essor extraordinaire en Belgique. Néanmoins, la femme qui travaillait, traitée de "mauvaise mère" ou de "pauvre fille", servit de repoussoir dans beaucoup de journaux féminins. En effet, le modèle de la "femme au foyer", glorifié à partir des années 30, fut encore présenté dans les années 50 comme un véritable modèle de dignité. Ceci explique sans doute la régression du taux d'activité des femmes de 1930 à 1960. En 1960, ce taux était descendu jusqu'à 28 % en France, c'est-à-dire moins qu'au XIXe siècle. Au Royaume-Uni, le taux d'activité des femmes baissa jusqu'à 32 % entre les deux guerres, pour ne retrouver son niveau de 1871 qu'en 1961. En Belgique, les femmes représentaient 24 % de la population active en 1961. Ce ne fut qu'à partir de cette année que le taux d'activité des femmes augmenta de nouveau. Et depuis, il n'a jamais cessé de progresser, et progresse toujours, contrairement au taux d'activité des hommes qui, lui, ne cesse de diminuer. Bien que le Traité de Rome avait affirmé l'égalité des salaires masculins et féminins 11 ans auparavant, les ouvrières de la Fabrique National d'Armes de Guerre à Hestal (Belgique) se mirent en grève en 1966, en vue de revendiquer l'application du principe "A salaire égal, travail égal". En effet, afin de légaliser l'inégalité salariale, la FN procédait jusque-là de la manière suivante: l'établissement d'une échelle des postes de travail différente, défavorable pour les femmes (voir La discrimination fondée sur le sexe dans l'évaluation des fonctions, développé dans le chapitre II: la situation des femmes au niveau de l'emploi, à la page 59). Cette technique est toujours utilisée aujourd'hui par certaines entreprises en vue de masquer les inégalités salariales. La différence horaire entre "femme-machine" et main d’oeuvre non qualifié se chiffrait alors, à la FN, à 30 % environ. La grève des ouvrières marqua l'histoire du travail féminin non seulement en Belgique, en Europe, mais aussi dans le monde industriel tout entier. Leur lutte dura douze semaines. Elles en sortirent néanmoins victorieuses. Un second acquis apparut dans le domaine de l'emploi: dès 1969, les clauses permettant le licenciement des femmes en cas de mariage et de maternité furent interdites. De nouveaux métiers apparurent: hôtesse de l'air (la Sabena recruta ses premières collaboratrices volantes dès 1947), speakerine radio, présentatrice à la télévision (1953) et hôtesse d'accueil (1958). Néanmoins, l'apparition des femmes dans le monde audio-visuel ne recueillit pas toujours l'approbation de toutes et tous: Janine Lambotte, devenue premier secrétaire de rédaction féminin du journal télévisé en 1961, fit connaissance avec les préjugés de quelques téléspectatrices. En écrivant à la Radio-Télévision Belge, elles s'indignaient qu'une femme (en l'occurrence Janine Lambotte), parlât de politique et se donnât des airs de diriger les journalistes (les vrais puisque mâles). Enfin, les femmes restaient toujours confrontées au problème de la conciliation entre la vie professionnelle et la vie privée: en 1963, les statistiques montraient qu'une femme consacrait, en moyenne, 6 h 45 de son dimanche aux tâches domestiques, et 3 à 4 heures quotidiennement. Les servantes se faisaient rares, les femmes de ménage coûtaient cher, et les grand-mères travaillaient, ou ne vivaient plus avec leurs enfants. Et comme les fils et les maris avaient autres choses à faire que passer l'aspirateur ou acheter quoi que ce soit pour remplir le frigo, après le bureau... on imagine combien cette conciliation était difficile. Elle l'est toujours aujourd'hui. Le concept de l'émancipation juridique de la femme a été reconnu par la loi du 30 avril 1968 qui la résumait ainsi: "en droit, la femme est l'égale de l'homme." Désormais, les femmes cessèrent de devoir obéissance à leur époux et d'être mineures à vie. Mais cette loi n'entraîna pas de changements notables immédiats: pendant longtemps encore, les banques, par exemple, continuèrent d'exiger la signature de l'époux pour ouvrir un compte, et refusaient par là même de considérer le salaire féminin comme un bien propre réservé. Notons aussi qu'à l'époque, 60 % des femmes en Belgique travaillaient. Parallèlement, l'échec au mariage n'est plus considéré comme un drame pour les femmes. Au lieu de "détruire" une vie, le divorce s'inscrit à partir de cette époque parmi les incidents de parcours sérieux mais non plus tragiques. Le travail, les formations professionnelles accélérées, les cours de rattrapage permettent alors de reprendre du poil de la bête. A ces femmes devenues solitaires par le divorce, il faut encore ajouter les célibataires de vocation ou non, elles aussi de plus en plus nombreuses. Remarquons que l'égalité des droits sur les biens matrimoniaux n'est inscrit dans le Code Civil que depuis 1976. Les femmes devinrent également plus présentes dans le domaine syndical: en 1975, 2 561 femmes furent élues au sein des conseils d'entreprise. Les Comités de Sécurité et d'Hygiène comptèrent 6 877 femmes. Ce fut aussi en cette année 1975 que la CEE se conforma à l'égalité de rémunération entre les hommes et les femmes. La participation des femmes à la vie politique: une participation effective, mais pas encore suffisante pour une égalité complète En 1919, la moitié de la Belgique était toujours interdite de vote, à l'exception des veuves, non remariées, de militaires et de civils morts pour la Belgique, ainsi que des détenues politiques revenues des prisons allemandes. Néanmoins, l'ensemble de l'électorat féminin participait aux premières élections communales de l'après-guerre, ce qui consolida les positions catholiques en Wallonie, comme en Flandre. Au premier scrutin, 4 femmes devinrent bourgmestres, moyennant l'autorisation de leur mari. Ce fut également en 1919 que le principe de l'éligibilité des femmes au Sénat et la Chambre fut acquis. Mais les citoyennes durent attendre 1948 avant de pouvoir se rendre aux urnes. Pourtant, les Anglo-Saxonnes et les femmes de la plupart des grands pays belligérants devinrent citoyennes à part entière après la Première Guerre mondiale. Les Russes le devinrent en 1917, les Anglaises de plus de trente ans, payant un loyer ou diplômée, en 1918, puis sans restriction en 1928. Quant aux Américaines et aux Canadiennes, elles purent se rendre aux urnes en 1920. Atatürk, en dévoilant les Turques au même moment, leur donna accès aux urnes en 1934. Les Françaises durent attendre aussi longtemps que les Belges: elles n'acquirent le droit de vote qu'en 1944. La première femme belge ministre apparut en 1964: Madame De Riemaecker-Legot prit en mains le département de la famille. Mais après un parcours parsemé de tant d'acquis, sociaux et politiques, où en est aujourd'hui le travail des femmes? Les entreprises et les gouvernements ont-ils gardé des traces de cette misogynie d'autrefois? Nous tenterons d'apporter des éléments de réponses au cours du troisième chapitre de ce travail. En conclusion Au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau avançait diverses arguments afin de maintenir les femmes dans la sphère privée. La Révolution industrielle en Grande-Bretagne marqua pourtant l'entrée des femmes dans le monde du travail: face au manque de main d'oeuvre masculine, les industriels du secteur textile firent appel à la main d'oeuvre féminine. Les Anglaises contribuèrent ainsi à soutenir le développement de ce secteur. Au XIXe siècle, Napoléon Ier légiféra de manière à priver les femmes de tous leurs droits. Toutefois, c'est au cours de ce siècle que les Françaises entrèrent dans les usines textiles. A la fin de ce siècle, quelques bourgeoises revendiquèrent l'accès des femmes aux universités. Les femmes revendiquèrent également le droit de vote: les Anglaises l'obtinrent en 1928, les Françaises et les Belges vingt ans plus tard. En tant que main-d'oeuvre de réserve, le taux d'activité féminin subit de fortes fluctuations au cours du XXe siècle. Lors de la crise économique des années 30, le rôle de la femme au foyer fut valorisé. Ce ne fut qu'à partir des années soixante que le taux d'activité féminin augmenta de nouveau, et que les femmes parvinrent peu à peu à conquérir leurs droits sociaux et économiques.
Chapitre III La situation des femmes au niveau de l'emploi Ce chapitre tentera de déterminer la position des femmes sur le marché du travail belge, et plus particulièrement de déterminer la présence des femmes dans le secteur privé, et leur position dans le secteur tertiaire. Il abordera également la durée de travail des femmes, ainsi que leurs rémunérations. De plus, il présentera les mesures gouvernementales belges concernant essentiellement les femmes: les emplois via les Agences locales pour l'emploi, l'interruption de carrière, le temps partiel. Enfin, il abordera la question de la présence des femmes aux postes à responsabilités ou de direction, ainsi que des femmes "cheffes" d'entreprise. Comme nous le verrons, les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché du travail. Elles sont de plus en plus nombreuses à travailler: leur taux d'emploi ne cesse d'augmenter, alors que celui des hommes a tendance à diminuer. Néanmoins, cet accroissement des emplois féminins voile plusieurs inégalités. Même si elles sont plus nombreuses qu'autrefois à travailler, les femmes gagnent toujours moins que les hommes. Cette inégalité trouve son origine dans le temps de travail presté par les femmes: en effet, elles forment la majorité des travailleurs à temps partiel. Elles sont moins nombreuses que les hommes à prester des heures supplémentaires, puisque moins nombreuses qu'eux à occuper des postes de direction. Autre type d'inégalité: l'interruption de carrière. Légalement, tout travailleur, qu'il soit homme ou femme, a le droit d'interrompre sa carrière professionnelle. Or, les chiffres montrent que les femmes sont nettement plus nombreuses que les hommes à interrompre leur carrière, en raison de l'éducation des enfants dont elles ont la charge. L'interruption de carrière, au même titre que le temps partiel, diminuent donc leurs chances d'accéder aux postes de management.
Enfin, la durée du travail, les postes et fonctions qu'elles occupent, le temps partiel, l'interruption de carrière, le chômage: tout cela influencera leurs conditions d'accès à la retraite. Description de la population active féminine En 1996, les femmes représentaient 52 % de la population, et 44 % de la population active belge. Au 30 juin 1998, on comptait en Belgique, sur les 3 197 731 travailleurs assujettis à la sécurité sociale, 1 353 874 femmes: elles représentaient alors 42 % des travailleurs occupant un emploi. En 1996, le taux d'activité des femmes se situait entre 55 et 60 %. Mais le taux d'activité des femmes est parfois beaucoup plus élevé dans d'autres pays: en 1993 - 1994, il s'élevait à 77 % au Danemark, à 67 % aux USA, et à 65 % au Royaume-Uni. Les années 80 ont en effet été marquées par une poursuite de la croissance des taux d'activité féminins, alors que les taux masculins ont tendance à diminuer. Comme dans d'autres pays, plusieurs facteurs explicatifs ont été avancés: Robert Tollet (1987), par exemple, indiquait la croissance des modes de consommation de plus en plus fondés sur l'acquisition de deux revenus par ménage. L'HIVA (Hoger Instituut van Arbeid) citait aussi la dénatalité, l'allongement des études, la tendance à se marier plus tard, le nombre croissant de personnes isolées ou vivant des types de relations qui impliquent une plus grande indépendance financière des deux conjoints, des changements sociaux résultant notamment de la deuxième vague d'émancipation des années septante. Néanmoins, ces facteurs restent à interpréter avec prudence. Taux d'emploi et taux d'activité des femmes Ce qui est certain, c'est que l'évolution des différents secteurs d'activités ont eu quelques répercussions sur le travail des femmes. En effet, les secteurs économiques ont évolué de manière très contrastée. D'abord, l'appareil de production du monde industriel a connu d'importantes restructurations . Aux usines vieillies et aux modes de production désuets ont succédé des équipements de plus en plus performants. Ces équipements ont bien évidemment été orientés vers des secteurs en développement. Ces restructurations ont dès lors entraîné la mise en chômage d'une partie importante des travailleurs de l'industrie. De cette manière, entre 1974 et 1993, plus de 550 000 emplois ont ainsi disparu dans le secteur secondaire belge, et près d'un belge sur trois y a perdu son travail. En effet, ce secteur occupe essentiellement des hommes: en 1993, 835 024 hommes étaient ouvriers contre 295 384 femmes seulement (soit 26 % de la population ouvrière). Par contre, dans la même période, près de 700 000 emplois (dont 506 000 occupés par des femmes) ont été créés dans le secteur des services. Le secteur qui a connu l'évolution la plus forte a été celui des "institutions de crédit et assurances", dont l'emploi a presque doublé. Au sein du secteur tertiaire, le secteur public s'est accru sur la même période de 230 000 emplois, occupés quasi exclusivement par des femmes. Selon le rapport d'évaluation 1997 du Ministère belge de l'Emploi et du Travail, les emplois publics ainsi créés ont permis d'atténuer partiellement les conséquences des nombreuses pertes d'emplois dans l'industrie, et d'absorber une partie de la croissance de l'offre de travail féminin. Remarquons que ces créations d'emplois ont surtout été réalisées par le biais des différents programmes de soutien à l'emploi. Cette progression de l'emploi public a eu lieu jusqu'au milieu des années 80, avant de se maintenir au même niveau et de connaître plutôt une légère diminution. Pour ce qui concerne le taux d'activité des femmes belges, celui-ci dépend beaucoup de leur niveau d'éducation. Pour les 25 - 50 ans, le taux d'activité des femmes était, en 1989, supérieur à 80 % dès que le niveau d'éducation dépassait le secondaire supérieure. Ces taux étaient aussi très proches des taux d'activité masculins. Par contre, ils devenaient beaucoup plus faibles lorsqu'il s'agissait de niveaux d'éducation inférieure, primaire, secondaire inférieur et secondaire supérieur. Il est donc évident, en termes d'offre, que le niveau d'éducation, plus que la situation familiale, déterminent l'attitude des femmes sur le marché du travail. En effet, les diminutions et les cessations d'activité sont des phénomènes propres à des niveaux d'éducation peu élevés qui ne peuvent vraisemblablement pas prétendre à des emplois fort intéressants. En conclusion, bien que la main-d'oeuvre féminine a longtemps été (et est encore) considérée comme une main-d'oeuvre de réserve (à laquelle on peut faire appel en cas de besoin), l'emploi des femmes a connu un développement important depuis 1973. En tant que main-d'oeuvre de réserve, le taux d'activité des femmes subissait de fortes fluctuations depuis un siècle. Très élevé au début du siècle, il a nettement diminué au lendemain de la seconde guerre mondiale. Mais depuis, il n'a pas cessé de connaître une augmentation continue, et sa tendance aujourd'hui reste toujours orientée à la hausse. Le chômage
La présence des femmes dans le chômage est restée plus importante que celle des hommes. Mais les hommes se sont révélés tout aussi dépendants que les femmes de leur environnement économique (en pleine mutation): si la restructuration de l'emploi industriel a entraîné le chômage de nombreuses femmes, elle n'a pas non plus épargné les hommes. Parallèlement, le développement de l'activité tertiaire n'a pas été suffisant pour résorber le chômage des adultes, principalement celui des femmes. En 1995, le chômage féminin issu du secteur tertiaire était deux fois plus élevé que celui des hommes. Tableau 1 - Evolution du nombre de chômeurs complets indemnisés Belgique - 1975/1997 Chiffres absolus Source: ONEM, in MET, La politique fédérale de l'emploi - Rapport d'évaluation 1997, Bruxelles, 1997, p. 35. En outre, malgré la conjoncture économique, on ne peut prétendre que la main-d'oeuvre peu qualifiée a moins de chances que la main-d'oeuvre hautement qualifiée de trouver un emploi. Si le taux d'emploi des travailleurs masculins faiblement instruits a diminué entre 1989 et 1994 en Belgique, en France et aux Pays-Bas, , il a augmenté en Allemagne. Par ailleurs, le taux d'emploi des travailleurs masculins hautement instruits a diminué sur la même période, en Belgique, en France et en Allemagne; il a seulement augmenté aux
Pays-Bas. En ce qui concerne les femmes, les taux d'emplois en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas ont plus augmenté pour les femmes ayant un niveau d'instruction peu élevé que pour celles ayant un niveau d'instruction élevé. En France, les taux d'emploi des femmes faiblement instruites ont moins diminué que ceux des femmes hautement instruites. En 1989, les taux d'activité des femmes de 25 à 50 ans, issues de l'enseignement supérieur (de type court, de type long, de type universitaire) était en 1989, comme celui des hommes du même âge et du même niveau d'instruction, supérieur ou égal à 80 %. Toutefois, même si l'offre de travail des niveaux d'éducation les plus élevés est quasi identique pour les hommes et les femmes, il existe un phénomène de discrimination de la demande de travail. L'écart entre le taux d'emploi des femmes et celui des hommes témoignaient, en 1989 en Belgique, d'une situation plus mauvaise des femmes en matière de chômage. Pour les femmes, avoir un diplôme n'est donc pas, autant que pour les hommes, une garantie d'accès à l'emploi. A niveau d'éducation égal, le taux d'emploi des femmes est presque toujours plus faible que celui des hommes. La différence est d'autant plus grande que le niveau d'éducation est faible et que l'âge est élevé. Causes du chômage des femmes (plus élevé que celui des hommes) Le rapport d'évaluation 1997 du Ministère belge de l'Emploi et du Travail peut sans doute nous éclairer au sujet de ce chômage plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Selon le rapport, le chômage plus élevé des femmes proviendrait de la différence de perception entre le rôle du diplôme masculin et celui du diplôme féminin. Même si le secteur secondaire reste, aujourd'hui encore, un vecteur d'insertion important pour les hommes, il ne l'est pas pour les femmes. La grande majorité des femmes (86 %) sont occupées dans le secteur tertiaire. Or, dans le secteur des services, les exigences de qualification sont beaucoup plus difficiles à cerner que dans le secteur secondaire. Dans le secteur tertiaire, bien plus que dans le secteur secondaire, le diplôme joue un rôle de "signal" lors du recrutement, c'est-à-dire bien plus qu'un rôle de définition claire, précise et objective de la qualification requise. Plus le niveau du dernier diplôme obtenu est élevé, plus le signal sera favorable pour le ou la candidat(e). Cette différence de perception du rôle du diplôme se marque dans les taux de chômage masculin et féminin sur base du niveau d'instruction. De cette manière, la liaison inverse entre taux de chômage et niveau d'instruction apparaît comme beaucoup moins implacable chez les hommes que chez les femmes. La qualification technique (supérieure mais aussi inférieure) offre des perspectives d'insertion satisfaisantes aux hommes, essentiellement dans le secteur secondaire, ce qui n'est pas du tout le cas pour les femmes. "La qualification professsionnelle est moins favorable en matière d'insertion pour les hommes mais reste toujours meilleure que pour les femmes" mentionne le rapport d'évalutation. A travers les écarts importants de taux de chômage masculins et féminins des diplômés du technique et du professionnel, il apparaît que les chances d'insertion ne sont donc pas, à niveau d'instruction similaire, identiques pour tous. Le contenu de l'instruction des hommes serait, selon le rapport, différent de celui des femmes. Or, bien plus que le niveau d'instruction, c'est le contenu de l'instruction qui importe lors du recrutement. De cette manière, l'enseignement technique et le professionnel offrent des opportunités d'emplois aux hommes parce que ces diplômes et leur contenu répondent aux besoins de la demande de main-d'oeuvre dans le secteur secondaire. Toutefois, on constate aujourd'hui une raréfaction des métiers manuels: les options de l'enseignement technique et professionnel orientées vers ces métiers connaissent une baisse de population masculine depuis une vingtaine d'année. Qu'en est-il du côté des filles issues de l'enseignement technique ou professionnel? Leur diplôme répondent-ils aux besoins des entreprises? Les filles issues de l'enseignement technique ou professionnel postulent généralement dans le secteur tertiaire. Par exemple, plutôt que d'étudier l'électricité ou la mécanique, les filles de l'enseignement technique ou professionnel s'orienteront vers le secrétariat. Ces diplômées présentent un handicap dès leur entrée sur le marché du travail: leur diplôme est en effet peu valorisé sur le marché tertiaire. A cela, s'ajoute une concurrence bien plus forte sur le marché du travail féminin que sur le marché masculin, puisque l'offre de main-d'oeuvre féminine est en expansion permanente, contrairement à l'offre de main-d'oeuvre masculine, en réduction constante. Cette concurrence joue évidemment en faveur de l'insertion des femmes ayant un niveau de diplôme élevé aux dépens des autres femmes: même si on ne peut constater une réduction tendancielle de la demande de main-d'oeuvre peu qualifiée dans les pays industrialisés, le taux de chômage reste plus faible pour les femmes ayant un niveau d'instruction élevé que pour les femmes peu instruites. Tableau 2 - Taux de chômage par sexe et par niveau d'études Année 1996 Source: INS - Calculs du Ministère de l'Emploi et du Travail, in MET, op. cit., p. 140. Néanmoins, le taux de chômage des femmes diplômées de l'enseignement supérieur est toujours plus élevé que celui des hommes détenant un diplôme de niveau similaire. Une fois encore, c'est sans doute parce que les garçons s'orientent vers des formations qui répondent aux besoins de l'industrie, et parce que les filles s'orientent toujours vers des formations qui les confinent dans le secteur tertiaire, où règne une forte concurrence entre les candidats. En France, les garçons sont majoritaires dans les classes préparatoires scientifiques et dans les écoles polytechniques. Néanmoins, le taux de chômage des femmes diplômées de l'enseignement supérieur est toujours plus élevé que celui des hommes détenant un diplôme de niveau similaire. Une fois encore, c'est sans doute parce que les garçons s'orientent vers des formations qui répondent aux besoins de l'industrie, et parce que les filles s'orientent toujours vers des formations qui les confinent dans le secteur tertiaire, où règne une forte concurrence entre les candidats. En France, les garçons sont majoritaires dans les classes préparatoires scientifiques et dans les écoles polytechniques. Les filles, par contre, sont parfois majoritaires dans les écoles de commerce, les écoles littéraires, ce qui les orientent vers le secteur de l'éducation, de l'administration ou les institutions de crédit ou d'assurances. En Belgique aussi, même si le niveau d'instruction des femmes est globalement équivalent à celui des hommes, particulièrement en ce qui concerne les jeunes générations, la répartition selon les filières est différente. Danièle Meulders et Valérie Vander Stricht avaient constaté, dans leur rapport, que les femmes avaient plutôt des diplômes d'enseignement normal et supérieur non universitaire de type court, tandis que les hommes étaient plutôt diplômés de l'enseignement non universitaire de type long ou universitaire. Elles avaient également constaté qu'au sein des différentes filières, les filles s'orientaient moins vers les branches scientifiques. Un article du Nouvel Observateur montrait d'ailleurs comment les femmes étaient orientées au cours de leurs études. Même si on leur dit de s'orienter toutes directions, les filles entendent parler à tout moment du "travail des femmes" et de ses problèmes spécifiques. Elles ne sont pas comme tout le monde (donc comme les hommes): elles font partie du groupe "femmes". Elles auront donc un destin de femmes! De cette manière, pour concilier vie familiale et vie professionnelle, elles préfèrent être secrétaire ou institutrices plutôt qu'ingénieurs. Enfin, notons que les femmes représentent 91 % des 129 362 exclusions pour chômage de longue durée qui ont eu lieu en Belgique entre 1986 et 1995: elles sont en effet plus nombreuses que les hommes à rester plus de deux ans au chômage.
Tableau 3 - Chômeurs belges complètement indemnisés demandeurs d'emploi, et suspendus pour durée anormalement longue du chômage par sexe et par année Source: ONEM, in MET, op. cit., p. 93. L'arrêté royal belge du 25 novembre 1991 portant sur la réglementation du chômage a prévu un système de suspension de chômeurs de longue durée. La mesure se limite à la catégorie des cohabitants et a pour effet la perte des allocations de chômage pour le chômeur concerné. Toutefois, le chômeur suspendu peut percevoir des allocations de chômage en cas de modification du revenu de son ménage, de sa situation familiale. Comme l'indique le tableau ci-dessus, cette mesure frappe surtout les femmes. Selon le rapport d'évaluation du Ministère belge de l'Emploi et du Travail, son but était "d'instaurer une mesure de suspension du chômage de ceux qui étaient depuis longtemps au chômage et dont il était admis qu'ils n'étaient plus disposés à travailler." Le 3 juillet 1998, le Conseil des Ministres a approuvé l'avant-projet de loi sur un plan d'action belge pour l'emploi, qui étend la mesure de suspension de chômeurs de longue durée aux invalides, handicapés, mini mexés (minimum de salaire), ... Désormais, ces personnes, comme les femmes aux chômage, devront subir les visites d'inspecteurs sociaux dénoncées (sans doute à juste titre) comme humiliantes et dégradantes à l'égard des chômeur-ses. Jugez plutôt: afin de vérifier que la chômeuse n'est pas co-habitante, l'inspecteur-rice social-e se permet de fouiller la manne à linge à la recherche de vêtements masculins, d'interroger les enfants afin de savoir si leur maman n'a pas "un ami qui loge à la maison". De plus, les inspecteurs sociaux sont autorisés à mener leur traque aux chômeurs co-habitants de 6 heures du matin jusque 20 heures... Répartition des hommes et des femmes dans les secteurs d'activités Les statistiques sociales de 1998 révèlent que les femmes belges se concentrent effectivement dans le secteur tertiaire, et plus précisément: - dans le commerce de détail (en tant que travailleuses intellectuelles), - dans l'hôtellerie et la restauration (en tant que travailleuses manuelles), - dans les activités financières (en tant que travailleuses intellectuelles), - dans les services fournis aux entreprises, autres que les activités immobilières, la location sans opérateur, les activités informatiques, la recherche et le développement (en tant que travailleuses intellectuelles); - et enfin, dans l'administration publique, l'éducation, la santé et l'action sociale (toujours en tant que travailleuses intellectuelles).
Les hommes, quant à eux, se concentrent surtout dans le secteur secondaire, en tant que travailleurs manuels. Il apparaît donc que sur les 1 870 594 travailleurs (assujettis à la sécurité sociale au 30 juin 1998), 878 120 d'entre eux sont des travailleurs manuels, soit 47 % d'entre eux. Sur les 1 327 137 travailleuses (assujettis à la sécurité sociale), 361 400 d'entre elles sont des travailleuses manuelles, soit 27 % d'entre elles. Cela signifie que 73 % des femmes qui travaillent en Belgique exécutent des tâches intellectuelles, contre 53 % des hommes seulement! La présence des femmes belges dans le secteur tertiaire privé Toutefois, ces chiffres ne font pas apparaître la division du travail qui existe toujours. Les hommes qui travaillent en Belgique sont encore fort présents dans le secteur secondaire: 37 % des hommes qui travaillent dans notre pays sont employés dans ce secteur. Il s'agit essentiellement de travailleurs manuels: le pourcentage de travailleurs manuels dans le secteur secondaire s'élève à 74 %. Les femmes, de leur côté, travaillent essentiellement dans le secteur des services: 87 % des femmes qui travaillent en Belgique sont employées dans le secteur tertiaire. Cela qui ne signifie pas que ce secteur soit monopolisés par les femmes: en effet, 50 % des travailleurs de ce secteur sont des hommes. 77 % des femmes de ce secteur d'activités sont des travailleuses intellectuelles. Enfin, 48 % des femmes qui travaillent en Belgique sont employées dans le secteur privé. Bref, 82 % des travailleurs du secteur secondaire sont des hommes, et 50 % des travailleurs du secteur tertiaire sont des femmes. Il semble dès lors que les femmes se trouvent entre deux extrêmes: d'une part, entre un nombre important d'hommes travaillant dans les usines, les ateliers, sur les chantiers, et d'autre part une population masculine importante occupant des postes d'employés ou de direction. Il est également important de souligner le rôle que la société continue d'attribuer à la femme: celui d'être disponible à la maison, et moins au travail. En effet, le travail de la femme n'est-il pas, en Belgique, qu'un travail d'appoint? La condition féminine sur le marché du travail est étroitement liée à l'ampleur du rôle que la société lui confère: la femme demeure la seule à devoir prendre en charge l'éducation de ses enfants et l'entretien du ménage. Le travail de l'homme est une obligation. Il est "choix" pour les femmes. Si elles choisissent de travailler, la femme devra continuer à assurer son rôle domestique. M. Vleminckx, dans son ouvrage "Participation des femmes au marché du travail: oui, mais pas n'importe comment! - Aperçu économique trimestriel n° 1", souligne: "le travail des femmes est considéré par beaucoup, hommes et femmes, comme un travail d'appoint (appoint en cas de pénurie de main-d'oeuvre, appoint quand le mari est au chômage, appoint dans la cause à l'équipement matériel du ménage). L'idée que le travail constitue un besoin et un droit universel pour les femmes n'est pas encore acquise." Voilà donc en quoi consiste l'inégalité fondamentale entre le travail des hommes et celui des femmes. "Vous voulez travaillez?" s'interroge depuis longtemps la société, comme si ce droit au travail n'était pas légitime pour les femmes. "Bon, très bien, répond-elle à toutes celles qui veulent leur indépendance, mais débrouillez-vous! Tirez votre plan pour assurer à la fois le boulot, l'éducation des enfants, et les tâches ménagères!" Comme elle ne pousse pas les hommes à évoluer, à changer, elle n'encourage pas toujours les parents à conduire les enfants dans les services de garde. En Hollande, par exemple, on accepte mal que les enfants soient gardés par des services d'accueil: les effets de telles organisations sur le bien-être psychologique des enfants sont beaucoup discutés aux Pays-Bas. Face à ces schémas imposés (les mamans peuvent travailler mais DOIVENT faire le ménage, tandis que les papas n'ont pas à se soucier des tâches familiales et domestiques), les filles sont incitées à s'orienter vers des filières qui mènent à des emplois leur permettant davantage de disponibilité pour les enfants et le travail ménager, comme le commerce, les services, la santé, l'administration, l'enseignement. La procréation continue donc à influencer très fortement l'orientation scolaire et le choix de la profession. Elle provoque toujours une discrimination. Comme l'écrit Béatrice Majnoni d'Intignano dans "Femmes, si vous saviez...", "les filles intériorisent, avec un réalisme précoce et par une sage auto-sélection, leur futur compromis de femme: vie de famille et vie professionnelle. Elles renoncent aux filières les plus prestigieuses, trop gourmandes en temps." L'auteur ajoute également: "Leur choix renforce la concentration des hommes dans l'industrie et les femmes dans l'éducation et l'administration. Il accentue la division de la société et l'éloignement des hommes de la vie familiale." C'est tout à fait le cas en Belgique, pourtant à l'aube du XXIe siècle... La rémunération Que stipule la législation? Comme ce travail l'a déjà indiqué, le principe de "l'égalité de salaire pour un travail égal" avait été arrêté par l'article 119 du Traité de Rome, depuis mars 1957. Mais cette législation européenne en faveur de l'égalité salariale traduisait plus la crainte d'une concurrence déloyale qu'une volonté réelle de mettre fin aux inégalités de traitement entre les femmes et les hommes: voter l'égalité salariale, c'était surtout protéger le travail des hommes. En effet, à cette époque, les écarts des salaires entre les hommes et les femmes étaient extraordinairement importants dans certains états de l'Union Européenne. En Belgique, il a fallu attendre la loi du 4 août 1978 pour que ces directives de la CEE soient transposées dans la législation belge. Bien que tous les aspects du travail y soient abordés, les négociations salariales relèvent de la concertation sociale. De cette manière, les partenaires sociaux ont repris le principe de l'égalité de rémunération pour un travail de valeur égale dans la convention collective de travail n° 25, rendue obligatoire par l'arrêté royal du 9 décembre 1975. Néanmoins, cette convention collective de travail n'a pas apporté de solution au problème de la discrimination dans les systèmes d'évaluation des fonctions utilisés, et aucune étude ne s'est penchée sur cette question. Par cet "oubli", cette convention collective de travail a laissé la porte ouverte à des pratiques discriminatoires. Dans la pratique La discrimination est évidemment interdite par la loi. Cependant, les écarts des salaires existe toujours. Dans l'industrie belge, les femmes ne perçoivent encore que 67 à 75 % des salaires de leurs collègues masculins. Dans le secteur des services, elles perçoivent entre 70 et 80 % des salaires de leurs collègues masculins. Toutefois, certains progrès ont été enregistrés depuis 1978. Par ailleurs, les salaires des ouvrières et ceux des employées augmentent plus rapidement que ceux des ouvriers et des employés dans le secteur de l'industrie. Mais les femmes demeurent toujours moins payée que les hommes: il ne s'agit que d'un mouvement de rattrapage! Comment expliquer ces inégalités salariales? Une partie des écarts de salaires peuvent être expliqués de manière objective. D'abord par le modèle de carrière différent pour les hommes et pour les femmes: les femmes travaillent davantage à temps partiel, alternent plus souvent des périodes d'activité avec des périodes d'inactivité, passent plus souvent d'un emploi à temps plein à un emploi à temps partiel, et vice versa. Ensuite par le phénomène de la ségrégation: les femmes travaillent dans un nombre limité de secteurs, et dans des secteurs où sont pratiqués de bas salaires. Malgré tout, ces faits objectifs ne parviennent pas à expliquer tous les écarts de salaires. Même dans les cas où les hommes et les femmes ont une formation similaire et une ancienneté aussi grandes dans les mêmes fonctions, des différences sont encore relevées: elles ne peuvent être que le fruit de la discrimination. D'où l'intérêt pour la formation du salaire, dans laquelle la classification (ou l'évaluation) des fonctions joue un rôle important. Mais avant de nous attarder plus longuement sur la classification ou l'évaluation des fonctions, base de la rétribution, passons en revue les différentes théories qui expliquent elles aussi l'existence des écarts de salaires entre les hommes et les femmes. D'abord, nous distinguons la théorie du "human capital", selon laquelle les écarts de salaires entre les femmes et les hommes sont la conséquence des différences de formation, d'expérience et d'ancienneté. Les femmes investiraient moins dans la formation car leur participation au processus du travail est moins intensive. Néanmoins, des études belges et étrangères révèlent que cette théorie ne fournit qu'une explication très fragmentaire. En effet, le degré de formation des femmes s'est considérablement élevé et le niveau de leur expérience professionnelle se rapproche de plus en plus de celui des hommes. Malgré cela, les écarts de salaires moyens restent constants. Ensuite, des explications sociologiques avancent que le marché du travail discriminé est le grand responsable des écarts de salaires. En d'autres termes, les hommes et les femmes travaillent dans des parties du marché différentes. A ce propos, il convient d'opérer une distinction entre "ségrégation horizontale" et "ségrégation verticale". D'une part, on parle de "discrimination horizontale" dans le sens où les femmes se concentrent dans les soins de santé, l'enseignement, la distribution, le nettoyage, alors que les hommes prédominent dans d'autres branches d'activité et professions (ou fonctions). Elles travaillent dans des branches d'activité mal rémunérées. Leur rémunération reste donc, en moyenne, inférieure à celle des hommes. D'autre part, on entend par "ségrégation verticale" le fait que les hommes et les femmes se situent à des niveaux de fonction différents.
Un lien existe entre ces deux types de ségrégations. Le niveau de fonction moyen des professions traditionnellement féminines est inférieur à celui des professions traditionnellement masculines, et le pourcentage de femmes occupant des fonctions bien rémunérées est très faible. En outre, on distingue une théorie très proche de celle du "marché du travail discriminé": la théorie du double marché du travail, qui divise le marché du travail en plusieurs compartiments. Cette théorie distingue deux segments séparés par des frontières structurelles. Dans le segment supérieur, les emplois se caractérisent par la sécurité d'emploi, des salaires élevés, et des possibilités de promotion. Le segment inférieur (ou secondaire), en revanche, regroupe des emplois où il n'y a ni sécurité d'emploi, ni salaires élevés, ni possibilité de promotion. Cette "structure duale" traverse les fonctions et le groupe de travailleurs. Or, les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes dans le segment secondaire du marché du travail. On distingue également la théorie du "crowding effect": celle-ci explique la baisse des salaires par le fait que trop de femmes se présentent pour un nombre peu important d'emplois. Ceci correspond au phénomène que les femmes se retrouvent dans un nombre limité de secteurs et de fonctions.
La discrimination fondée sur le sexe dans l'évaluation des fonctions Enfin, les écarts de salaires peuvent s'expliquer par la discrimination commise dans l'évaluation (ou la classification) des fonctions. Cette théorie stipule qu'une évaluation plus faible serait donnée aux fonctions essentiellement "féminines". Cette évaluation plus faible provient du fait que l'on a longtemps estimé (et que l'on estime parfois encore) le travail rémunéré de la femme comme un salaire d'appoint. De cette manière, son travail ne doit pas être rétribué de la même façon que celui de l'homme. Selon ce raisonnement, la rétribution ne tient donc pas compte du travail effectué, mais de celui qui l'exécute. Les systèmes d'évaluation des fonctions ne sont donc pas sexuellement neutres. Il convient de distinguer deux types de discrimination fondée sur le sexe. Tout d'abord, on distingue la discrimination directe: dans ce cas, la personne est traitée différemment parce qu'elle est un homme ou une femme. Pour illustrer ce cas, on peut citer un exemple connu, d'ailleurs réprimé par la loi: une offre d'emploi stipule que seuls les candidats masculins entrent en ligne de compte. Ensuite, on distingue la discrimination indirecte, beaucoup plus subtile que la première. En effet, il existe dans ce cas des mécanismes cachés qui entraînent des avantages ou des inconvénients selon le sexe. On parle par exemple de discrimination indirecte le fait qu'une entreprise offre des possibilités de formation uniquement aux travailleurs à temps plein, alors que les travailleurs à temps partiel sont presque exclusivement des femmes. Au niveau de l'évaluation des fonctions, la discrimination directe fondée sur le sexe est facile à décrire: les fonctions où prédominent les femmes sont moins bien évaluées que les fonctions occupées surtout par les hommes. Néanmoins, la discrimination indirecte est aussi plus complexe au niveau de la classification des fonctions: ici, ce sont les préjugés et les stéréotypes qui constituent les mécanismes cachés faussant l'évaluation. Quelques exemples de préjugés et stéréotypes faussant l'évaluation Dans les fonctions typiquement masculines, les efforts physiques vont entrer en ligne de compte plus aisément que dans le cas des fonctions féminines. Pour un ouvrier dans le secteur du bâtiment, on reconnaîtra immédiatement qu'il effectue un travail physiquement lourd. Toutefois, on perdra parfois de vue qu'une infirmière est souvent amenée à déployer une grande force physique pour soulever des patients. Les hommes, en effet, ne sont pas les seuls à exercer des emplois où la force physique est exigée: dans le rapport d'activités 1996 - 1997 de la Cellule Actions Positives du Ministère belge de l'Emploi et du Travail, une enquête réalisée auprès du personnel d'une maison de repos et de soins révèle le problème des douleurs de dos dont souffraient les travailleuses. Ce problème provenait justement du fait que les travailleuses devaient soulever plusieurs fois par jour des personnes n'ayant plus aucune force. Certaines d'entre elles étaient tellement épuisées qu'elles avaient été obligées de demander une interruption de carrière ou un horaire à temps partiel, ce qui diminuait davantage leur salaire déjà si faible! Les fonctions féminines sont aussi évaluées plus faiblement pour d'autres raisons. Les critères propres aux fonctions masculines, comme la responsabilité, le pouvoir de décision, la formation, etc., obtiennent facilement des scores plus élevés que les aptitudes à la communication, l'empathie, la précision et la dextérité, qui sont, quant à elles, des aptitudes typiques des fonctions féminines. Sans doute est-ce pour cette raison que les salaires sont si bas dans les maisons de retraite (dont le personnel est essentiellement composé de femmes!). En effet, l'enquête précitée révélait également que la majorité du personnel de la maison de repos et de soins se composait de personnes d'un certain âge, ayant suivi une formation où l'accent était surtout mis sur... l'aspect relationnel de la profession. Ceci est un exemple évident que l'aptitude à la communication, à la sociabilité n'est pas une aptitude entraînant une rémunération élevée. Mais pourquoi les aptitudes typiques des fonctions féminines obtiennent-elles des scores plus bas que les aptitudes typiques des fonctions masculines? Parce que l'on considère que ces aptitudes sont inhérentes (voire innées) aux femmes: elles ne doivent donc pas être évaluées comme des caractéristiques requises pour une fonction. Tous ces préjugés et ces stéréotypes peuvent exercer une influence sur le choix, la description et l'interprétation des critères sur lesquels repose l'évaluation de fonctions. De cette manière, une femme et un homme peuvent être rétribués de façon inégale même s'ils exercent un travail de valeur égale, ou occupent une fonction identique. Les préjugés et les stéréotypes influencent les critères sur lesquels reposent la classification ou évaluation des fonctions qui détermine la formation du salaire. La durée du travail Les femmes travaillent moins que les hommes. En 1995, les hommes belges prestaient habituellement 38,8 heures par semaine dans le secteur de l'industrie. Les femmes de ce secteur, quant à elle, prestaient habituellement 35,9 heures par semaine. Dans le secteur des services, la durée du travail habituelle des hommes s'élevaient à 38 heures par semaine, celle des femmes à 31,3 heures par semaine. Les hommes belges travaillent donc souvent plus longtemps que les femmes. Leur durée du travail diminuent sensiblement: alors qu'ils étaient, en 1988, 43,9 % à travailler 37 - 38 heures par semaine, ils étaient, en 1996, 42,9 % à travailler tout autant. Ils sont sensiblement plus nombreux à travailler 11 - 20 heures, 31 - 32 heures, 35 - 36 heures. Selon le rapport d'évaluation 1997 du Ministère belge de l'Emploi et du Travail, "cela indique probablement une plus grande flexibilité". Les femmes, par contre, présentent une tendance plus nette à la réduction du temps de travail. Elles sont moins nombreuses qu'autrefois à travailler 37 - 38 heures, 39 - 40 heures, 41 heures et plus par semaine. Toutefois, elles sont plus nombreuses à travailler 11 - 20 heures, 21 - 30 heures, 31 - 32 heures et 33 - 34 heures par semaine. Tableau 4 - Nombre moyen d'heures prestées habituellement par semaine par groupe professionnel Travailleurs à temps plein - Salariés Source: EUROSTAT in MET, La politique fédérale de l'emploi - Rapport d'évaluation 1997, Bruxelles, 1997, p. 60. Enfin, elles sont deux fois moins nombreuses que les hommes à travailler plus de 39 heures par semaine. Lorsqu'on compare la durée de travail hebdomadaire habituelle des femmes et des hommes avec le nombre moyen d'heures prestées habituellement par semaine par les différents groupes professionnels, on s'aperçoit que les femmes sont (au moins!) deux fois moins nombreuses que les hommes à exercer une fonction de dirigeant ou de cadre supérieur. En effet, le nombre moyen d'heures prestées habituellement par semaine par ce groupe professionnel s'élève à 40,6 heures. Or, 22 % des hommes en 1995 travaillaient 39 - 40 h/semaine, contre 11,8 des femmes; 14,6 des hommes travaillaient 41 h et +/semaine, contre 7,9 % des femmes. Répartition de la durée du travail hebdomadaire habituelle Emploi à temps plein et à temps partiel - En % de l'emploi total - 1996 Source: EUROSTAT, in MET, La politique fédérale de l'emploi - Rapport d'évaluation 1997, Bruxelles, 1997, p. 61. Les graphiques ci-dessus montrent que les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à travailler moins de 30 heures par semaine. Les femmes sont donc bel et bien les plus concernées par le temps partiel; ce thème sera développé en détails ci-après. Le temps partiel En 1994, 28,3 % des femmes travaillaient à temps partiel en Belgique, et 88 % des travailleurs à mi-temps étaient des femmes. Le pourcentage augmentait encore en 1995: 29,8 % des femmes travaillaient alors à mi-temps, alors que les hommes n'était que 2,8 % à avoir un part-time. Néanmoins, il est vrai que le pourcentage augmente aussi pour les hommes, mais toujours dans des proportions moindres. Le tableau ci-dessous montre en effet que le temps partiel a connu une augmentation constante, tant pour les femmes que pour les hommes belges. En 1975, le temps partiel ne concernait pourtant que 200 000 personnes. Tableau 5 - Le temps partiel (chiffres absolus) BAUS (Monique), Hommes-femmes, in La Libre Belgique, supplément "Tremplin pour l'emploi, le journal de l'opération", n° 31, 7 octobre 1997, p. 10. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le temps partiel est plus développé dans le secteur privé que dans le secteur public. Le rapport d'évaluation 1997 du Ministère belge de l'Emploi et du Travail fournit les pourcentages suivants: le taux de travail à temps partiel dans le secteur privé s'élève à 16,3 % et à14,8 % dans le secteur public. Le taux de femmes dans le travail à temps partiel demeure très élevé dans les deux secteurs, mais celui du secteur public est plus faible que celui du secteur privé: en 1996, 28,8 % des femmes belges du secteur public travaillaient à temps partiel, contre 36,2 % dans le secteur privé. Comme il est réparti de façon inégale entre les femmes et les hommes, le temps partiel est réparti de façon tout aussi inégale entre les secteurs d'activités. En réalité, il frappe davantage les secteurs dits "féminins" que les autres secteurs. Les taux d'activité à temps partiel les plus élevés sont donc ceux du secteur tertiaire, un secteur typiquement féminin. D'abord, on distingue le secteur horeca où plus de la moitié des femmes et un tiers des hommes sont occupés à temps partiel. Mais excepté le secteur horeca, il n'y a aucun secteur où le taux de travail à temps partiel masculin s'élève à plus de 5 %. Ensuite, les femmes atteignent des pourcentages dépassant les 30 % dans les secteurs du commerce de gros et de détail, les services publics (enseignement et soins de santé), et dans les banques et assurances. Toutefois, ces pourcentages ne se rapportent qu'aux secteurs dans leur ensemble. Dès lors, lorsqu'on divise les secteurs en sous-secteurs, on obtient pour les femmes un taux de +/- 60 % dans les sous-secteurs suivants: hôtels et restaurants, commerce de détail et enseignement. Dès lors, faut-il parler d'un processus d'exclusion des femmes du marché du travail? "Les femmes ont toujours travailler" déclarait Adida Vanheerswinghels, chercheuse à l'ULB . "La différence aujourd'hui, c'est qu'elles se maintiennent sur le marché du travail". D'une part, on peut comprendre que le temps partiel soit très présent dans le secteur du nettoyage, de l'hôtellerie et de la restauration, et celui de la santé: les tâches qui y sont effectuées sont souvent trop pénibles, tant physiquement que mentalement pour y être exercées à temps plein. Néanmoins, la main-d'oeuvre à temps partiel est surtout une main-d'oeuvre très flexible. Il arrive donc parfois qu'une travailleuse à temps partiel occupée dans la restauration ait par exemple deux journées de sept heures, une journée de quatre heures et bénéficie de deux journées de récupération la même semaine (ou bien endéans les semaines suivantes!). Bien qu'elle exécute des travaux pénibles, elle est donc parfois amenée à travailler une journée complète. L'argument selon lequel on développe le temps partiel là où les travaux sont pénibles n'est donc pas fondé: l'employeur, disposant d'une main-d'oeuvre flexible, en fait ce qu'il veut. D'autre part, il y a, comme le disait A. Vanheerswynghels, une volonté de la part du gouvernement belge de résorber le chômage. Le revenu des femmes n'étant qu'un revenu d'appoint, et un peu plus de la moitié des chômeurs étant des femmes, il semble que les "petits boulots", les "demi-emplois", proposés par les gouvernements successifs pour diminuer les chiffres du chômage, et répondre à la demande de flexibilité du travail formulée par les entreprises, visent, essentiellement, les FEMMES. Evolution du temps partiel Tout se passe comme si le patronat et les politiques tenaient aux femmes le discours suivant: "il n'y a pas de travail pour tout le monde, il faut donc le partager. Nous n'avons plus d'emplois à temps plein à vous offrir; il faut donc vous contenter d'emplois à temps partiel (ou pas d'emploi du tout: retournez donc au foyer!)". Toutefois, ce genre de discours est bien souvent tenu par des intellectuels, des sociologues qui ont un emploi à temps plein et à durée indéterminée. Dans ces circonstances, il est facile de parler de l'emploi des autres, quand on ne parle pas du sien... De 1961 à 1974 En 1961, les femmes belges ne sont que 5,6 % à travailler à mi-temps. Au milieu des années 70, les femmes continuent d'être sollicitées par les entreprises. Comme durant toute période de plein emploi, les employeurs veulent à cette époque attirer les femmes restées au foyer afin de s'adjoindre une main-d'oeuvre supplémentaire. Mais le temps partiel commence ensuite à se développer: de plus en plus, le "part-time" occupe des femmes, et se développe dans des secteurs déjà féminisés. Les femmes qui travaillent à mi-temps sont alors essentiellement employées dans le secteur tertiaire: caissières, femmes de ménage, enseignants, employées de bureau. En 1974, dans le secteur des grands magasins, un tiers des effectifs sont des travailleurs à temps partiel. En outre, on constate que dans les secteurs féminisés, le patronat utilise de plus en plus souvent une main-d'oeuvre au rabais, sans stabilité d'emploi, pouvant être embauchée ou renvoyée selon les chiffres d'affaires et les commandes de l'entreprise.
De 1974 à aujourd'hui La crise économique ne cesse de s'approfondir. Comme dans les années 30, les femmes sont de plus en plus considérées comme une main-d'oeuvre de réserve. Dès lors, on remet l'accent, dès les années 80, sur le rôle de la femme au foyer. Ainsi, le travail à temps partiel est promotionné comme un moyen idéal pour concilier vie professionnelle et vie familiale. Mais persuader les femmes de la priorité de leur responsabilité familiale ne devient-il pas dès lors un moyen d'obtenir une main-d'oeuvre plus flexible?
Patronat et gouvernement, main dans la main pour le temps partiel Le temps partiel a toujours été une initiative du patronat, que ce soit en période de plein emploi (le temps partiel sert dans ce cas à attirer sur le marché du travail une nouvelle main-d'oeuvre) ou en période de crise (le temps partiel se substitue alors au temps plein). Néanmoins, pour que le temps partiel ait pu se développer avec une telle ampleur, il a fallu qu'un cadre légal le soutienne. En 1977, la FEB (Fédération des Entreprises Belges) s'oppose à la réduction du temps de travail légal qui entraînerait, selon elle, une augmentation des coûts salariaux et une perte de rentabilité. Elle se prononce plutôt pour le développement du travail à temps partiel, soi-disant pour créer des emplois, et répondre aux aspirations des femmes. De toute évidence, ces arguments sont faux. D'abord, le rôle des entreprises n'est pas de créer des emplois; prétendre le contraire serait avancer que les entreprises sont charitables. Les entreprises existent pour créer des bénéfices, pas pour oeuvrer socialement. En outre, est-il possible de croire en la charité des riches? Ensuite, les entreprises se préoccupent plus souvent des tendances du marché que du bien-être ou des aspirations des travailleurs (elles ne s'en soucient que dans la mesure où cela est rentable). Dans le cas du travail à temps partiel, c'est plus le besoin de flexibilité du travail que les aspirations des travailleurs qui motivent les employeurs à développer cette forme d'emplois. En effet, il faut, pour être concurrentiel, s'adapter sans cesse au marché, caractérisé par la mondialisation. Bref, la FEB se positionne en faveur du temps partiel pour ne pas accroître les coûts des entreprises. Par la suite, les gouvernements appuieront cette position, et en 1979, la FEB et le gouvernement belges soutiennent que certaines catégories de la population aspirent au travail à temps partiel. Toutefois, les sondages révèlent que les travailleurs veulent une réduction générale du temps de travail. Les syndicats, bien qu'ils affirment leur opposition de principe, se laissent convaincre: ils parlent "d'adapter la législation pour que les travailleurs à temps partiel soient, toutes proportions gardées, sur pied d'égalité avec les travailleurs à temps plein" . C'est donc dans ce contexte qu'une loi et un arrêté royal belges sont promulgués en 1981 concernant l'ajustement du droit au travail à temps partiel. Dans les services publics aussi, l'emploi à temps partiel est encouragé: il s'est notamment répandu dans ce secteur par l'embauche de temporaires à temps partiel et par l'introduction des pauses-carrière à mi-temps. De telles embauches permettent de cacher la perte réelle d'emplois à temps plein. Pour répondre à la demande des employeurs, des incitants financiers et sociaux se multiplient en Belgique, afin que les travailleurs acceptent ou soient contraints d'accepter un travail à temps partiel: - la couverture sociale des travailleurs à temps partiel est améliorée en matière d'allocations familiales et d'assurance-maladie invalidité; - des allocations de chômage (réduites) sont octroyées aux travailleurs à temps partiel "volontaires" qui perdent leur emploi. Toutefois, malgré ces incitants, les femmes manifestent peu d'enthousiasme pour le travail à temps partiel. Le gouvernement belge met alors en place, en 1981, un système de travail à temps partiel "forcé": les demandeurs d'emploi inscrits sont obligés d'accepter un travail à temps partiel considéré comme "involontaire" et reçoivent une indemnité complémentaire de chômage lorsqu'ils ne dépassent pas un salaire de référence. Ce type de contrat (revenu du temps partiel + indemnité) s'est généralisé et a entraîné une diminution des offres à temps plein. De cette manière, en 1992, 199 000 personnes étaient des travailleurs à temps partiel "involontaire". Il est compréhensible que 85 % de ces personnes étaient des femmes: le temps partiel se développant dans les secteurs "féminins", les femmes au chômage ont plus de chance de trouver un emploi à temps partiel qu'un homme au chômage s'orientant vers des secteurs "masculins", où le temps partiel est peu développé. Après avoir donné, le gouvernement belge reprend Mais peu à peu, ces avantages sociaux octroyés aux travailleuses sont supprimés. Dès 1992, les mesures régressives se multiplient. De nombreuses femmes co-habitantes travaillant involontairement à temps partiel sont exclues de chômage. De cette manière, 115 083 "travailleurs à temps partiel avec maintien des droits" (appellation qui désigne les travailleurs à temps partiel involontaire) sont recensés. Parmi ces travailleurs à temps partiel "avec maintien des droits", une partie d'entre eux reçoivent un petit supplément afin que leur revenu ne soit pas inférieur à ce qu'il serait s'ils étaient au chômage. Toutefois, le temps partiel ne représente qu'une partie de l'offensive contre le droit au travail salarié des femmes. D'autres mesures ont entraîné la dégradation de leur situation économique, comme les exclusions du droit aux allocations de chômage pour chômage de longue durée des travailleuses co-habitantes. En perdant leurs droits individuels à la sécurité sociale, ces femmes dépendent, comme les femmes au foyer, de leur conjoint. Le temps partiel: les inconvénients (pour les travailleurs) sont plus forts que les avantages Une brochure éditée par le Ministère belge de l'Emploi et du Travail, intitulée "Temps partiel: les avantages sont plus forts que les inconvénients", cherche à convaincre les travailleurs d'accepter le temps partiel comme un bénéfice pour eux-mêmes. En réalité, ce sont plutôt les gouvernements et les entreprises qui en retirent des avantages. Et les inconvénients pour les travailleurs sont souvent plus forts que les avantages. Voyons d'abord ce que le gouvernement belge en a retiré comme bénéfice. Premièrement, il est évident que le temps partiel permet de masquer l'ampleur réelle du chômage: en effet, c'est le nombre de chômeurs complètement indemnisés qui est publié et médiatisé. Deuxièmement, cette politique permet aussi de renvoyer les femmes partiellement ou totalement au foyer (il y a ainsi moins de chômage), d'économiser dans le domaine de la sécurité sociale (exclusion du chômage, suppression des compléments de chômage entraînant la suppression, pour la pension, des périodes assimilées au temps plein), et même de réduire les dépenses en matière d'équipements collectifs comme les crèches, les garderies, ... Ensuite, le développement du temps partiel obéit surtout à une logique du marché (et non à une demande des salariées). Pour les entreprises, le temps partiel permet de disposer d'une main-d'oeuvre flexible de réserve.
Les sous-emplois offerts par les Agences Locales pour l'Emploi Les entreprises bénéficient de certains avantages lorsqu'elles emploient des chômeurs. Ces avantages proviennent d'une mesure prise par le gouvernement belge, dite "d'activation des allocations de chômage". Concernant principalement les chômeurs de longue durée, les chômeurs peu qualifiés et les mini-mexés, elle permet à ces personnes d'être engagées, via des ALE (Agences Locales pour l'Emploi), par des entreprises pour des fonctions qui ne sont généralement pas ou plus exercées (exemple: emballeur aux caisses, livreur à domicile, surveillance de parking, ...). Mais les particuliers peuvent également recourir à cette mesure: de cette manière, 76,9 % des employeurs via les ALE étaient, en 1996, des personnes physiques. La même année, 54,01 % des activités prestées concernait l'aide à domicile de nature ménagère, 3,84 % l'entretien du jardin, 1,10 % l'accompagnement d'enfants et de malades, 0,07 % des formalités administratives et 40,98 % des activités mixtes. Dans le cadre de cette mesure, il est plus avantageux pour l'entreprise de prendre deux mi-temps au lieu d'un temps plein: en plus d'une exonération des cotisations patronales à la sécurité sociale, il bénéficie d'une prime s'élevant à 17 500 BEF (soit 433, 81 euros) par mois pour un temps partiel et à 22 000 BEF (soit 545,37 euros) par mois pour un 4/5. S'il prenait un temps plein, l'employeur ne recevrait qu'une prime de 22 000 BEF (somme inférieure à 2 X 17 500 BEF). De plus, les entreprises ne sont pas obligées de former ces chômeurs engagés, ni de les engager définitivement au terme de 3 ans. Or, 82,5 % des personnes qui prestaient des activités en ALE étaient, en 1996, des femmes. La même année, ces travailleurs prestaient en moyenne 24,5 heures par mois. En effet, le chômeur ne peut, selon la réglementation, travailler plus de 45 heures par mois. Même si la valeur des chèques-ALE varient de 200 à 300 BEF (soit de 4,96 à 7,44 euros), le chômeur ne perçoit que 150 BEF (soit 3,72 euros). Cette mesure a été introduite en 1987, afin de "satisfaire", selon le rapport d'évaluation 1997 du Ministère de l'Emploi et du Travail, "la demande d'emploi de la part des chômeurs de longue durée et des mini-mexés (...)". Rappelons que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à rester au chômage plus de deux ans. Tableau 6 - Chômeurs complets indemnisés demandeurs d'emploi et suspendus pour durée anormalement longue du chômage par sexe et par année Source: ONEM, cité par MET, La politique fédérale de l'emploi - Rapport d'activités 1997, Bruxelles, 1997, p. 93. On peut comprendre que les organisations de travailleurs belges ne soient pas entièrement satisfaites du système. Comme on l'imagine, un emploi dans le système ALE peut difficilement être considéré comme un emploi à part entière. En outre, les organisations des travailleurs craignent la création d'un marché du travail à deux vitesses. D'une part, on crée pour une partie de la population active des emplois fixes, réguliers et stables, qui relèvent des systèmes de négociation existants, pour lesquels des conventions collectives de travail fixent les conditions de travail et de rémunération: la protection du travailleur est ainsi garantie. Or, quelle partie de la population active peut compter obtenir de tels emplois, si les emplois précaires frappent surtout les femmes? Les femmes sont trop nombreuses à travailler à temps partiel, et trop nombreuses aussi à prester des activités en ALE. D'autre part, les systèmes ALE sont des circuits qui échappent au système de concertation, où on travaille à des tarifs minimums et où il n'y a pas de perspective d'augmentation salariale et de promotion. Bien sûr, la mesure dite "d'activation des allocations de chômage" est une mesure prise pour tous les chômeurs de longue durée, qu'ils soient hommes ou femmes. Mais elle concerne surtout les femmes, vu que ce sont elles qui constituent la majorité des chômeurs de longue durée. Tableau 7 - Répartition par sexe des travailleurs prestant des activités en ALE - Avril 1997 Source: ONEM cité par MET, op. cit, p. 166. Il existe, au niveau du temps partiel, d'autres avantages pour les entreprises, autres que ceux formulés par le cadre juridique de la mesure "d'activation des allocations de chômage". Dans les grands magasins par exemple, la productivité des travailleurs à temps partiel aux heures de pointe est très élevée, pour un coût salarial moindre. De plus, les heures complémentaires des travailleurs à mi-temps (fréquemment exigées dans les grands magasins en période des fêtes) sont payées au tarif ordinaire (alors que les heures supplémentaires des travailleurs à temps plein sont surpayées). Le travail à temps partiel peut même être réduit à une demi-journée par semaine! Toujours en ce qui concerne les grandes surfaces, la majorité des femmes doivent être disponibles de 9 à 20 h. Ainsi, même si elles ne sont payées que 4 heures par jour, l'employeur se réserve une tranche de disponibilité dont il ne paye que 4 heures. Pour cette raison, certains employeurs interdisent à leurs travailleurs à mi-temps d'avoir un autre travail. Enfin, une présence moins longue sur les lieux de travail entraîne aussi moins d'exigences pour les conditions de travail (et donc moins de mobilisation syndicale), et surtout une division parmi les travailleurs. Inconvénients pour le-la travailleur-se à temps partiel Il est facile de comprendre combien l'emploi à temps partiel va contribuer à dessiner les frontières de la segmentation sociale et de stratification professionnelle: le fait d'être à temps plein ou à temps partiel discrimine, distingue, classe les salariés. D'abord, les emplois à temps partiel sont souvent occupés par des femmes peu qualifiées (caissières, femmes de ménage). Mais quelle autre perspective peuvent espérer les femmes peu qualifiées? Les postes à leur niveau se sont raréfiés ou sont monopolisés par des personnes surqualifiées. Il ne reste donc plus que le chômage ou les "petits boulots". Ces petits boulots sont, comme on l'a vu, parfois offerts par les ALE. Or, même si ce type d'emplois permet aux chômeurs de sortir de leur isolement, ils ne leur apportent pas de solutions durables. Quoiqu'il en soit, qu'il s'agisse d'emploi via les ALE ou d'autres emplois, les emplois à temps partiel sont souvent caractérisé par: - la précarité, vu les conditions de travail, le type d'emploi et le contrat de travail (alors qu'un temps plein favorise la stabilité de l'emploi); - la non qualification, vu que les emplois à temps partiel sont souvent occupés par des travailleurs peu qualifiés, que la flexibilité du temps partiel (lorsqu'il est couplé avec le travail intérimaire) est telle qu'il est souvent impossible aux travailleurs de suivre régulièrement des cours ou des formations professionnelles, et que les employeurs ne sont pas obligés de former les travailleurs prestant des activités en ALE; - le faible revenu (alors que le travailleur à temps plein est mieux payé et reçoit des primes). Rappelons également que les travailleurs à temps partiel reçoivent des prestations sociales réduites en matière de chômage et de pension. La possibilité d'accéder à un poste à responsabilité ou de bénéficier d'une promotion est également exclue. Bien entendu, les peu qualifiées n'ont pas de chances, dès le départ, d'accéder à des postes de direction: de telles postes exigent aujourd'hui des qualifications très élevées. Néanmoins, si toutes les femmes, même très qualifiées (graduées ou universitaires) prenaient un temps partiel sous prétexte d'élever leurs enfants, elles n'auraient pas, même qualifiées, de chances égales aux hommes d'atteindre un poste à responsabilités. A mon sens, ce qu'il faut craindre, c'est le développement excessif du temps partiel; s'il se développe davantage, il ne concernera plus essentiellement les "petits |